Catégorie : Finance Verte

“From COP 26 Glasgow Commitments to COP 27 Egypt Opportunities: The MENA perspective Confirmation”: avec nos Board Members Hakima el Haite et Stephane Gompertz

A l’occasion de la première édition de la Semaine du Climat de la région MENA de la CCNUCC, du 28 au 31 mars, organisée par le gouvernement des Emirats Arabes Unis, Liberal International, dont The Bridge Tank est membre, a organisé le 29 mars un side event virtuel nommé : “From COP 26 Glasgow Commitments to COP 27 Egypt Opportunities: The MENA perspective Confirmation”.

L’objectif de cet événement est d’aborder les défis et les opportunités découlant de l’engagement partagé qui a été convenu lors de la COP 26 à Glasgow, tout en envisageant la COP 27 en Egypte comme une opportunité d’accroître les ambitions. Modérée par la Présidente de l’Internationale Libérale, la championne des Nations Unies pour le climat et membre de notre Board, Hakima El Haite a posé une série de questions à chacun des intervenants.

Parmi eux, notre Board Member, Stéphane Gompertz, était présent en sa qualité d’ancien ambassadeur de France dans les pays africains et d’envoyé spécial pour la COP 21. Il a d’abord été invité à donner son point de vue sur les perspectives de la COP 27.

Sa vision de la prochaine Conférence des Parties reflète les difficultés à augmenter l’ambition climatique et à maintenir les efforts dans un contexte de tensions (COVID-19, guerre entre l’Ukraine et la Russie et guerre au Yémen). Les différentes crises et les guerres actuelles changent les agendas des États et les dépenses publiques. L’argent est davantage dépensé dans les guerres que pour l’action climatique. Les ambitions politiques ne sont pas et ne seront pas aussi élevées que lors des COP 21 et 22. La COP 27, qui aura lieu à Sharm El-Sheikh en Égypte, aura la difficile mission de pousser les efforts des Parties à :

  • Aider à poursuivre les gouvernements et l’opinion publique à se tourner vers l’avenir.
  • Pousser à la recherche de solutions.
  • Continuer à promouvoir les bonnes pratiques dans le domaine de l’adaptation.

Stéphane Gompertz a ensuite expliqué ce qu’il fallait faire pour maintenir les 1,5°C. Il a déclaré qu’il fallait regarder vers l’avenir. Les Etats agissent à court et à long terme. L’énergie est un bon exemple. À court terme, les pays utiliseront davantage de combustibles fossiles. A long terme, nous verrons les effets positifs des politiques énergétiques. Par exemple, la France s’engage dans le nucléaire, sans quoi elle ne pourrait atteindre ses objectifs climatiques. Cependant, la question du nucléaire est à nouveau débattue en France dans ce contexte électoral et de guerre entre l’Ukraine et la Russie. Mais il est important de mesurer les risques dans le temps : vivre avec des températures supérieures à 2-3°C ou vivre avec un mode énergétique faible émetteur en CO2.

Mme Susana Rivero Baughman, Conseillère aux affaires étrangères et à la coopération auprès du Secrétaire de l’Action pour le Climat du Gouvernement de Catalogne, a présenté les actions de l’Internationale Libérale au Comité pour la Justice Climatique, qui a récemment adopté un document d’orientation intitulé “Perspectives libérales sur la justice climatique”. Mme Baughman a souligné le manque d’actions entre le changement climatique et les droits de l’homme et c’est ce que l’International Libérale souhaite faire en ayant notamment développé un laboratoire politique et en renforçant sa présence dans les COP et les forums internationaux. Elle a enfin souligné que la COP 27 offrira de nombreuses opportunités pour l’Afrique.

M. Sveinung Rotevatn, ancien ministre du climat et de l’environnement en Norvège, a développé une évaluation des réalisations de la COP 26. Pour M. Rotevatn, la COP 26 a été un succès pour 3 raisons :

  • Le Rule Book de l’Accord de Paris a été terminé. Il constitue un cadre commun entre les Parties.
  • Augmenter l’ambition. Les grands pays émetteurs augmentent leurs ambitions, la plupart des pays augmentent leurs ambitions en matière de CDNs, les Etats-Unis sont de retour dans l’Accord de Paris et nous maintenons l’objectif des 1,5°C.
  • Un engagement suffisant pour augmenter le financement : le monde en développement peut avoir confiance dans les mécanismes de financement. Les pays industriels promettent de doubler leur financement pour le climat. Des engagements ont été pris et ont été bien accueillis par la plupart des pays en développement.

Il a ensuite expliqué qu’après deux années de pandémie mondiale, nous n’avons pas perdu de vue l’aspect à long terme des crises climatiques. Il a ensuite souligné que la Norvège est l’un des principaux financeurs et que le pays va doubler ses efforts en matière de finance climat, notamment pour la préservation de la forêt tropicale et l’atténuation et l’adaptation. Il a enfin déclaré que la taxe sur la pollution est un outil nécessaire pour une transition équitable et soutenir la transition climatique au niveau national. Au niveau mondial, la finance climatique est un outil nécessaire.

Mme Rania Al-Mashat, ministre égyptienne de la coopération internationale, a expliqué en trois messages quels seront les objectifs et les opportunités de la COP 27 :

  • La COP 27 sera impartiale, même si cette COP est organisée en Afrique.
  • L’adaptation et la résilience seront au centre des débats et constituent l’un des principaux résultats de la COP 26.
  • Accroitre l’engagement à l’action.

Mme Al-Mashat a mis l’accent sur les résultats de Glasgow, en posant des questions ouvertes auxquelles il faudra répondre lors de la COP 27 : le rôle du secteur privé doit accroitre “Nous passons de milliards à trillions”. Il est également important de réfléchir à la façon dont nous pouvons rendre opérationnel ce qui a été promis. Comment dérisquer les investissements verts ? Comment pouvons-nous créer des opportunités pour la blended finance? Les projets financés ne sont pas assez opérationnels. Comment pouvons-nous tirer parti des pays qui ont réussi et les reproduire ?

Rapport spécial – au-delà de la COP26 & la COP15: finance, coalitions, hydrogène et économie bleue

Dans le cadre des négociations internationales sur le climat et la biodiversité (COP26 et COP15), The Bridge Tank a développé des analyses sur les sujets prioritaires mondiaux, dont ces conférences internationales sont considérées comme étant parmi les plus urgentes.

Ce rapport vise à contribuer à la discussion mondiale et diplomatique sur les défis des dérèglements climatiques et de la biodiversité. Grâce à une revue de littérature académique et scientifique approfondie, nous avons développé ce rapport de manière méthodique, prospectiviste, tout en mettant en avant des solutions autour du 4 chapitres :
Les deux premiers chapitres dégagent des positions et des éléments structurants et globaux aux questions liées à l’adaptation, la finance et la gouvernance tout en forçant l’action à différentes échelles. Les deux seconds chapitres développent des théories scientifiques, industrielles et techniques sur des sujets opérationnels.

Le premier chapitre aborde les mécanismes de la FINANCE D’ADAPTATION avec un focus spécifique sur la blended finance comme outil efficace pour financer les économies émergentes. Nos analyses nous permettent d’identifier différents outils pour le passage à l’échelle de l’action climatique.

Le deuxième chapitre traite de l’approche innovante des COALITIONS dans les négociations sur le changement climatique vers des coalitions ascendantes et régionales, en impliquant davantage des acteurs non Etatiques.

Le troisième chapitre se concentre sur la place que peut prendre l’HYDROGÈNE dans la transition énergétique en tant que vecteur énergétique à venir. Il souligne les dynamiques économiques et politiques spécifiques qui caractérisent les écosystèmes de l’hydrogène et met en avant les éventuels goulets d’étranglement qui pourraient entraver son expansion effective, notamment pour les industries dans les années à venir.

Le dernier chapitre porte sur la nécessité de travailler à la transition vers une ECONOMIE BLEUE dans les territoires côtiers du monde, avec un focus particulier sur l’Indo-Pacifique et le Golfe du Bengale. Ce chapitre souligne le fait que l’industrialisation des océans doit être limitée et que l’écosystème côtier et les chaînes de valeur de l’économie bleue doivent être mieux intégrées.

Coordination: Malaurie Le Bail et Joël Ruet

Rédaction: Baudouin Becker, Clarisse Comte, Florian Dommergues et Malaurie Le Bail

Relecture et graphisme: Jacqueline Duan

Lire notre rapport (version anglaise): Final report_climate change and biodiversity_TBT_Nov21

The Bridge Tank participe à l’édition 2021 du Summit of Minds

L’édition 2021 du forum Summit of Minds s’est tenue à Chamonix, du 17 au 19 septembre. Ce sommet a pour objectif de discuter des questions macroéconomiques et de réfléchir à un monde où le bien-être du capital naturel est essentiel (la nature en tant qu’actif productif). Dans un contexte où la crise climatique devient une préoccupation de plus en plus centrale, initiant de nombreuses discussions de haut niveau, le Summit of Minds a réuni des personnalités politiques, économiques, scientifiques, culturelles et du monde des affaires du monde entier, dont le président arménien Armen Sarkissian, pour débattre de ces sujets clés.

Joël Ruet, Président de The Bridge Tank, est intervenu sur le panel : Transition énergétique (2) – Comment investir ? consacré à aux tendances actuelles de la transition vers des émissions nettes de carbone zéro, ses opportunités et ses risques pour les entreprises. Animé par Nik Gowing, directeur associé de Thinking the Unthinkable, Royaume-Uni, le débat s’est articulé autour de trois questions essentielles : 

  1. Où va la « Smart Money »?
  2. L’engouement actuel pour l’ESG est-il durable ?
  3. Quels sont les actifs qui courent le risque de s’échouer ?

Au cours de son intervention, Joël Ruet a développé l’idée d’une absence de classes d’actifs clairs pour le financement de la transition énergétique, en soulignant les divers facteurs de risques impliqués par les incertitues inhérents à celle-ci, de la variance de rentabilité au manque de cohésion de certaines transitions nationales, en passant par la non-stabilisation des écosystèmes de l’hydrogène dans le monde. Joël Ruet a également souligné l’importance de différencier les mégatendances des méga-ambitions, affirmant qu’il n’existe pas d’énergie unique qui pourrait à elle seule résoudre les problèmes climatiques actuels.

Parmi les autres panélistes figuraient Martin Fraenkel, vice-président de S&P Global (Royaume-Uni), Eoin Murray, responsable des investissements de Federated Hermes International (Royaume-Uni), Franklin Servan-Shreiber, cofondateur et président de Transmutex (Suisse), ainsi que Mafalda Duarte, PDG de Climate Investment Funds (États-Unis). 

Notre board member, Pranjal Sharma, a également participé à cet évènement, en intervenant lors des panels: ‘AI & Democracy – Do We Have Anything to Fear?’ et ‘Tech – How Far will Innovation Go?’

Au cours du forum, Joël Ruet a également échangé avec Lord Adair Turner, président de l’Energy Transitions Commission, Royaume-Uni, sur la façon dont la COP26 pourrait transformer les systèmes de négociation pour les futures COP, en incitant les secteurs financiers publics à agir contre le changement climatique aux niveaux régional, national et international.

Regarder les interventions sur notre chaine de YouTube : 

Trajectoires de transitions énergétiques durables dans les grandes économies

Par Baudouin Becker, Antoine Goutaland, Xieshu Wang,  Joël Ruet, Laure Elise Wargnier and Malaurie Le Bail.

L’urgence écologique se traduit dorénavant par une forte pression sur les décideurs politiques pour qu’ils élaborent des politiques publiques organisant le passage du système présent basé sur les combustibles fossiles, qui n’est pas durable, à un nouveau système, dont les contours ne sont pas encore précisément connus pour le moment, mais dont l’ambition est de parvenir à atteindre la durabilité. Contrairement aux transitions énergétiques précédentes qui étaient réalisées par le bais d’investissements industriels, la décarbonation des économies nationales est cette fois directement conduite et orchestrée par les pouvoirs publics au travers d’incitations économiques, de restrictions et de lois. Les documents présentés ici sont l’application d’une méthodologies qui vise à évaluer la capacité des gouvernements à coordonner les acteurs et les systèmes clés afin d’atteindre leurs objectifs climatiques.

Ces études identifient des trajectoires, que nous comprenons comme une coordination de variables qui permettant à un système de rester équilibré tout en étant en mouvement. Une compréhension systémique de ces trajectoires est proposée, incluant à la fois les réponses majeures des politiques publiques aux enjeux climatiques et l’intégration possible des nouvelles technologies au sein du système existant, y compris une analyse des systèmes industriels et de leur capacité (ou incapacité) à relever ces défis.

Afin de comprendre les transitions énergétiques pour l’ensemble des  secteurs, nous avons développé une méthodologie détaillée et reproductible qui intègre pleinement le rôle et l’impact potentiel des acteurs (politiques et industriels). Cela nous a permis de comprendre les transitions énergétiques d’une manière originale, en nous affranchissant des écueils qui consistent à mener des études macroéconomiques cloisonnées ou des études énergétiques trop spécifiques, qui ne permettent dans aucun des cas de comprendre les enjeux énergétiques dans leur ensemble.

Dans les documents suivants, vous trouverez cette méthodologie appliquée et reproduite à plus de 20 économies à travers le monde.

Le rapport complet (en anglais) : Final Report – Energy trajectories in main markets

Focus spécifique (en anglais) : Specific focus – Energy trajectories in main markets

UE-Chine : Pour un rapport de force constructif – quels enjeux autour du pré-accord de principe sur l’Investissement?

Par Philippe Coste, Pierre-Noël Giraud, Stéphane Gompertz, Henri de Grossouvre, Fatima Hadj, Brice Lalonde, François Loos, François Quentin, Joël Ruet, Raphaël Schoentgen, Alex Wang, avec Clarisse Comte et Claire Thomas.

Au terme de sept années de négociations, l’Union Européenne et la Chine sont parvenues à un accord d’investissement le 30 décembre 2020. Alors que Pékin souhaite y voir la promotion d’un « haut degré d’ouverture », l’UE aspire à travers ce traité à établir une « égalité des conditions de marché ».

Pour mener à bien ce projet, il reste à trouver un équilibre entre les intérêts stratégiques propres à chacun et les objectifs communs sur lesquels s’entendre… et à trouver des pistes pour agir concrètement.

Retrouvez la note d’analyse :

  • Ce traité prévoit l’intensification des relations économiques et commerciales entre l’UE et la Chine. Il garantit aux investisseurs de l’UE un plus large accès à la Chine et contribue aussi à la mise en place de conditions de concurrence plus équilibrées.
  • Des pistes de collaborations sont ici proposées, dans le domaine politique (place de la Chine dans les organisations internationales, polygouvernance), juridique (normes internationales, ESG), industriel (mobilité, décarbonation, rôle des PMEs), économique, environnemental, scientifique, technologique (transition énergétique, capture du carbone, hydrogène, nucléaire, nouvelles énergies), financier (introduction coordonnée de prix du carbone) et culturel.
  • Il s’agit pour l’UE de faire valoir avant tout et de manière coordonnée avec les pays membres ses intérêts stratégiques lors du processus de ratification.

Il faut traiter sérieusement les enjeux de long terme de la souveraineté technologique, de la compétition entre blocs, toutes causes possibles de « stop and go » dans les relations bilatérales.

Malgré les freins identifiés, le maintien d’un dialogue ouvert mais précis entre l’UE et la Chine est essentiel. L’Union Européenne doit continuer sa mue et faire respecter sa montée en puissance diplomatique tant en interne de l’UE que dans sa relation à la Chine : au-delà des relations d’État à État, c’est à l’UE en tant que communauté de négocier les termes d’une nouvelle relation bilatérale avec la Chine. C’est par cette voie qu’elle confirmera son statut de « puissance d’équilibre ».

“Double Assemblée” de Chine : le Bridge Tank co-organise le Forum des Think Tanks et des Médias sur le Développement économique mondial

Un Forum sur le Développement économique mondial à l’occasion de la Double Assemblée à Pékin 

De concert avec ses partenaires chinois, le China International Publishing Group et le China Institute for Innovation & Development Strategy, ainsi que la Fondation Prospective & Innovation, le Bridge Tank a co-organisé le 8 mars 2021 un Forum hybride en marge de la Double Assemblée. 

À cette occasion, Joël Ruet est intervenu aux côtés de Wei Jianguo, ancien vice-ministre du Commerce en Chine et vice-président du Centre chinois pour les échanges économiques internationaux, de Cai Jiming, député à l’Assemblée Populaire Nationale et directeur du Comité Central de l’Association chinoise pour la promotion de la Démocratie, et de Zhang Yuyan, membre du 13ème Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois et directeur de l’Institut des Économies et Politiques mondiales.

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre en France, a ouvert ce webinar aux côtés de quatre vice-ministres chinois et du vice-président du parlement d’Argentine. Pendant presque trois heures, les représentants de plus de dix pays, allant de la Russie à l’Inde, du Brésil à l’Afrique du Sud, ont approfondi de nouvelles pistes de réflexion notamment en faveur d’une coopération multilatérale, d’une reprise économique globale soutenue par l’innovation et d’une réforme de la gouvernance économique mondiale. Le rôle des think tanks internationaux dans la construction de plates-formes de dialogue a été souligné, et présenté comme un outil essentiel dans la fondation d’une communauté à l’échelle de l’humanité.

Les articles des médias chinois China Today, China.org, China Institute for Innovation and Development Strategy ont notamment couvert cet évènement. 

L’ouverture du Forum par Jean-Pierre Raffarin : contre la tentation de l’isolationnisme, une coopération internationale fondée sur l’innovation 

Dans son allocution, l’ancien Premier ministre a déclaré que le partage d’expérience et la compréhension mutuelle étaient essentiels pour accomplir un développement pacifique, objectif commun à tous les pays. À l’heure où une crise globale exacerbe la nécessité de formuler une réponse coordonnée face aux défis mondiaux, il a insisté sur les dangers d’une tentation à l’unilatéralisme et au protectionnisme. En soulignant le rôle de l’innovation, il a défendu que chaque pays devait mener activement une coopération internationale tout en sauvegardant sa propre souveraineté. Il a notamment mentionné la lutte contre le changement climatique, en évoquant les efforts conjoints de la France et de la Chine, un signal fort en faveur d’un consensus mondial pour le développement vert.

Passer de la crise à l’opportunité d’un renouveau, selon les intervenants chinois Wei Jianguo, Zhang Yuyan et Cai Jiming

L’ancien vice-ministre du Commerce Wei Jianguo a affirmé que la « double circulation » chinoise, pilier du 14ème Plan quinquennal lancé au même moment, allait faire émerger de nouvelles opportunités pour le développement économique mondial. Selon lui, au-delà de la crise qu’il traverse, le monde entre dans une nouvelle ère de la mondialisation, où la Chine doit mener un rôle essentiel. 

Mais les experts lui ont opposé un scénario moins optimiste, en alertant sur des risques systémiques actuels qui menacent l’économie mondiale, comme l’inflation, dont des symptômes — la forte hausse des prix des produits de base — sont déjà visibles. L’inflation et le changement climatique sont donc ressortis comme deux défis d’intérêt commun à relever conjointement.  

Zhang Yuyan appelle à une coopération internationale renouvelée, qui implique de travailler ensemble sur la question de la gouvernance mondiale. En effet, des discussions restent à mener, et cette responsabilité revient aux grandes puissances mondiales, qui doivent trouver le juste équilibre entre autonomie stratégique et intérêts communs. 

Cai Jiming a insisté sur l’importance de bâtir un système commercial mondial équitable et durable, fondé sur la notion d’intérêt comparatif dans la division international du travail, en s’opposant fermement aux tendances isolationnistes qui menacent l’équilibre des échanges mondiaux. 

Positionnement de la Chine en matière de sécurité mondiale et coopération sino-européenne tournée vers l’avenir : l’intervention de Joël Ruet 

Joël Ruet, président du Bridge Tank, a affirmé que la Chine devait clarifier sa position sur la question de la sécurité mondiale et contribuer à créer un environnement extérieur stable, selon une démarche plus multilatérale. Les intervenants se sont d’ailleurs accordés sur l’idée que la Chine devait jouer un rôle à la hauteur de son poids économique dans la gouvernance mondiale. 

Joël Ruet a évoqué le pré-Accord d’investissement conclu entre la Chine et l’UE, symbole des opportunités qui peuvent émerger d’une crise, tout en alertant sur deux priorités à ne pas négliger. En effet, il cible deux domaines où une coopération sino-européenne est fondamentale : l’environnement, où les paroles ambitieuses des chefs d’Etats doivent être mises en application par des actes concrets dans la perpective de la COP26, et la coopération industrielle, que le potentiel européen et chinois rend très prometteuse.

« Double circulation », développement de haute qualité, objectifs environnementaux décevants… : retour sur la Double Assemblée

La Double assemblée désigne les deux réunions plénières annuelles de l’Assemblée populaire nationale et du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois. Après une année de pandémie qui avait repoussé cette rencontre en mai 2020, les dirigeants chinois ont tenu cette année à la lancer dès le 5 mars, comme pour incarner la résilience exemplaire du pays et la normalité retrouvée des institutions du régime. D’autant plus qu’elle est marquée par le lancement du 14è Plan quinquennal 2021-2025 et les 100 ans du Parti Communiste Chinois. 

Parmi les temps forts de cet évènement, le Premier ministre Li Keqiang a fixé pour 2021 un objectif de croissance à 6%. Ce chiffre modéré témoigne que la priorité sera moins centrée sur un PIB attrayant — le FMI mise sur une reprise à 8% — que sur une croissance stable dans un contexte d’incertitude, et sur trois piliers : la « réforme, l’innovation, et un développement de haute qualité ». Aussi, le budget alloué à la recherche-développement augmentera de plus de 7% par an ces cinq prochaines années, pour réaliser des percées dans les technologies d’avenir et permettre à la Chine de gagner en autonomie stratégique. Une autre priorité du régime est la mise à niveau de la chaîne d’approvisionnement et la promotion de la consommation intérieure, notamment dans le secteur automobile et de l’électroménager. 

En fait, la Double assemblée comme le 14ème Plan quinquennal ont pour fil conducteur le paradigme de développement de la « double circulation ». Cette notion désigne une stratégie de développement à deux volets qui implique un soutien à la fois du marché intérieur et extérieur pour stimuler des modes de consommation à long terme. Le cycle domestique est particulièrement mis en avant tandis qu’il est complété par un cycle international, avec le commerce extérieur et les investissements à l’étranger. Cet objectif de miser sur l’immense marché intérieur chinois s’ancre dans une volonté de se couvrir des chocs extérieurs, dans contexte de montée des tensions diplomatiques et d’instabilité de l’économie mondiale.

Li Keqiang s’est également arrêté sur la question environnementale : il appelle à la promotion du verdissement des modes de vie et de production. Par exemple, un des objectifs pour 2021 est d’atteindre un taux de 70% pour l’utilisation des énergies propres pour le chauffage. Le 14ème Plan prévoit que la Chine réduise sa consommation d’énergie par unité de PIB de 13,5% et les émissions en CO2 de 18%. Du reste, les experts affirment que les objectifs mentionnés ne représentent pas une réelle accélération pour atteindre la neutralité carbone attendue en 2060, faute de moyens concrets. Par exemple, la Double assemblée ainsi que le 14ème Plan quinquennal ont introduit l’idée d’un « plafonnement des émissions de CO2 », sans en fixer concrètement un. S’il est encourageant qu’un volet portant sur le changement climatique soit pour la première fois adopté dans un plan d’échelle nationale, ces premières indications en matière d’environnement sont donc souvent perçues comme ambiguës, voire décevantes. 

Le ministre Brice Lalonde, ancien SG Adjoint de l’ONU, échange sur la transition écologique avec le Bridge Tank

Brice Lalonde, qui a occupé les fonctions de ministre français de l’Environnement, secrétaire général adjoint de l’ONU pour le climat, et de Coordonateur exécutif à Rio+20, a détaillé les principales problématiques de la transition écologique autour desquelles les puissances doivent engager un nouveau cycle de coopération technologique.

Perspectives de coopération sino-européenne

Brice Lalonde a rappelé que l’électrification de nos économies est le maitre mot de cette transition, nécessitant le déploiement et l’amélioration de techniques telles que les batteries, les électrolyseurs, et posant plus largement la question de la production d’électricité à grande échelle. Brice Lalonde estime que c’est dans ce cadre que le nucléaire trouve toute sa pertinence et doit être un sujet d’échanges technologiques. Il a rappelé, à titre d’exemple, la précédente signature d’un accord France-Chine sur la construction d’une usine de retraitement des déchets nucléaires.
L’intervenant a en sus évoqué à plusieurs reprises la perspective d’une utilisation future de carburants de synthèse, qui consistent à capturer et réutiliser le gaz carbonique émis comme énergie. Brice Lalonde a ainsi insisté sur la distinction entre les ressources énergétiques du présent et celles du future, illustrant son propos par l’exemple de l’eau, qui devrait devenir une ressource stratégique en raison de la technologie de l’électrolyse de l’eau, permettant la production d’hydrogène.
Enfin, l’ex-ministre a abordé les enjeux de recherche autour de la fixation du carbone, sous forme de photosynthèse artificielle ou par le biais de la séquestration du dioxyde de carbone (CO2), sur lesquels la Chine et l’UE doivent également travailler en commun.

Gouvernance mondiale et avenir du commerce international

D’autre part et en dehors des seules relations sino-européennes, Brice Lalonde a plus largement présenté le manque de coopération internationale sur les sujets écologiques comme la principale lacune empêchant le déploiement de la transition écologique à grande échelle. Un changement de paradigme lui semble nécessaire avec la mise en place d’un minimum de gouvernance mondiale sur ces sujets, à rebours de la configuration actuelle où les programmes climatiques souverains se contentent de s’additionner, sans dimension supranationale. Il nous manque ainsi, estime-t-il, de grands accords de coopération internationaux, pour le gaz par exemple, où les industriels gaziers se coordonneraient pour financer la transition des économies charbonnées vers le gaz, bien moins émetteur en CO2. Il lui parait en conséquence crucial de revitaliser le multilatéralisme, afin de mener à bien des projets tel que la mise en place d’un marché carbone commun à l’échelle internationale.

Enfin, sur le sujet du commerce international, l’ex-ministre de l’Environnement a pu s’opposer à une certaine doxa qui voudrait le présenter comme une pratique désuète dans un monde cherchant à atteindre la neutralité carbone. A contrario, Brice Lalonde estime que le commerce peut être écologique. « On a absolument besoin du commerce. Le commerce peut être un allié très puissant de l’environnement », a-t-il affirmé. Pour ce faire, les règles commerciales ne doivent plus seulement se concentrer sur les produits finis, mais également sur les normes de production (i.e. la régulation des émissions de gaz à effet de serre liées à la production). De ce point de vue, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), a encore toute sa place dans le monde de demain. L’OMC a d’ailleurs déjà accepté la primauté du droit de l’environnement lors de cas préalables, lorsque ce droit est entériné par des accords internationaux. Dans le futur, les Etats pourraient ainsi théoriquement se prévaloir d’accords écologiques internationaux imposant des normes de production afin de bloquer les importations de pays les enfreignant.

Brice Lalonde était l’un des principaux intervenants du forum du Bridge Tank portant sur la coopération UE-Chine post-Covid-19. Il a participé à un panel intitulé « Développement vert ou civilisation écologique ? » qui était modéré par Wen Cui-Pottier, ancienne journaliste du Shangai Media Group. Ce forum a eu lieu au Palais Brongniart à Paris le 15 octobre 2020.Les autres intervenants de cette session étaient Nicolas Imbert, Directeur Exécutif de Green Cross France & Territoires et deux membres du Conseil d’Orientation du Bridge Tank : Guillaume Henry, président de l’Association pour l’analyse écologique du droit, et Zhao Wei, chercheur à l’Université Sun Yatsen.

Le ministre Edmond Alphandéry échange avec les experts du Bridge Tank à propos de la tarification du carbone

Edmond Alphandéry, ancien ministre français de l’Economie et Président de la Task Force sur le prix du carbone, a longuement étayé sa vision de la place et de l’importance de la tarification du carbone dans la transition écologique, ainsi que le caractère incontournable de cette mesure afin de mener à bien les objectifs de neutralité carbone, dans le cadre de l’accord de Paris.

La tarification du carbone : un outil incontournable de la transition écologique

Edmond Alphandéry a d’abord tenu à rappeler l’ampleur de l’enjeu posé par le réchauffement climatique et la complexité des problématiques qui se posent pour y répondre : sachant que nous émettons 40 milliards de tonnes de CO2 chaque année, a-t-il expliqué, si nous postulons raisonnablement que le prix de la tonne de CO2 doit être de l’ordre de 100 euros (selon les principales évaluations), alors une tarification du carbone aurait un coût de 4000 milliards d’euros chaque année, soit le Produit National Brut (PNB) allemand.

Dans ce cadre, l’ancien ministre perçoit la tarification du carbone comme centrale à la lutte contre le réchauffement climatique. Son explication est simple : lorsque le carbone à un prix, l’ensemble des agents économiques (ménages, entreprises, Etat) sont incités à réduire leurs émissions, voire à les arrêter ou à trouver des alternatives, ce afin de diminuer leurs dépenses.
L’intervenant a précisé qu’il existe deux solutions applicables et appliquées actuellement afin de donner un prix au carbone.
La taxe carbone d’abord, qui est simple, efficace, mais politiquement difficile à mettre en place et dont l’ajustement est complexe.
L’instauration d’un marché du carbone, ensuite, où des permis d’émissions sont émis en fonction du volume d’émissions total souhaité. Les permis sont achetés par les acteurs du marché au prorata de ce qu’ils émettent, et leur prix est défini par l’offre et la demande.
Selon le président de la Task Force sur le prix du carbone, le marché carbone a pour avantage tautologique d’être un marché, et donc d’inciter à l’innovation ainsi qu’à l’adoption de comportement vertueux par les agents afin de revendre leurs permis (voir l’exemple de Tesla aux Etats-Unis). Il a néanmoins pour défaut de se caractériser par une forte volatilité du prix du carbone.
C’est cette dernière raison qui a incité l’ancien ministre à présider la Task Force sur le prix du carbone afin de promouvoir auprès des décideurs un ciblage du prix du carbone et non plus des volumes, comme il est fait actuellement. Sur le marché carbone européen par exemple, il affirme que cela permettrait de donner une stabilité à un prix du carbone qui s’était par exemple effondré lors de la crise des subprimes, et également de gagner en lisibilité.

Face aux enjeux climatiques, la Chine doit se saisir de l’outil de tarification du carbone

Edmond Alphandéry a ensuite évoqué la place de la Chine, qu’il juge incontournable, autour de ces sujets. Les émissions du pays sont effectivement supérieures à celles des Etats-Unis et de l’Europe réunis. A ce titre, il a tenu à rappeler que le gouvernement chinois est conscient des enjeux à l’oeuvre et a déjà promu un certain nombre de mesures de transition écologique. Une tarification du carbone y existe par exemple, avec un prix qui reste toutefois largement insuffisant et qui se limite au domaine de l’énergie.
L’ex-ministre a en sus fait part de l’existence, de son point de vue, d’une réelle volonté chinoise de mener à bien des réformes. Il a plus particulièrement salué les initiatives et les discussions qui ont lieu entre différentes personnalités européennes et chinoises, discussions auxquelles il a lui même pris part, afin de défendre une convergence des prix du carbone des deux puissances.
Pour Edmond Alphandéry, si une telle réforme était promue, cela ne serait pas moins qu’une révolution dans la lutte contre le réchauffement climatique.

En guise de conclusion, le panéliste a soumis une proposition aux autorités chinoises, dans le cadre de leur grand programme stratégique qu’est la BRI. Le gouvernement multipliant les investissements énergétiques, notamment dans les centrales thermiques, Edmond Alphandéry jugerait pertinent et efficace d’introduire un prix interne du carbone dans les entreprises et les industries financées par les fonds chinois. Cela simulerait une tarification du carbone et inciterait donc à la décarbonation, tout en envoyant un message fort à l’international en soulignant l’importance réelle que la Chine accorde à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Edmond Alphandéry s’est dit prêt à supporter immédiatement une telle initiative.

Edmond Alphandery était l’un des principaux intervenants du forum du Bridge Tank portant sur la coopération UE-Chine post-Covid-19. Il a participé à un panel modéré par Philippe Coste, ancien ambassadeur français, portant sur le verdissement des investissements dans l’Union Européenne (UE) et en Chine, et s’intéressant aux enjeux de la Belt & Road Initiative (BRI). Le forum a eu lieu au Palais Brongniart à Paris le 15 octobre 2020.  Les autres intervenants de cette session étaient d’autre part Pierre-Noël Giraud, professeur d’économie à l’Ecole des mines de Paris, Djellil Bouzidi, membre de la Haute Autorité de la Statistique et du Conseil d’Orientation du Bridge Tank, et Song Luzheng de l’Université de Fudan.

5 ans après l’Accord de Paris : entreprises et leviers d’action climatique dans un monde en crise

La Société d’encouragement pour l’industrie nationale (SEIN), fondée en 1801 avec le soutien officiel de Napoléon, a organisé un webinaire intitulé “5 ans après l’Accord de Paris : entreprises et leviers d’action climatique dans un monde en crise “. Cet événement a eu lieu le 16 décembre 2020, pour le cinquième anniversaire de la COP21.

Lors de la séance plénière, des discours d’introduction ont été prononcés par Olivier Mousson, président de la SEIN, Sylvianne Villaudière, vice-présidente, Jean-Pierre Cordier, président de la Commission internationale, et Joël Ruet.

Lors de son introduction au panel “Finance et Climat, quel effet de levier”, Joël Ruet a fait valoir que le facteurs clé de la réussite du sommet de la COP21 a été l’engagement du Maroc à convaincre les pays africains et le Groupe des 77 des Nations Unies de signer l’Accord de Paris. Il a souligné le rôle du soutien des pays du Sud à cet accord, d’autant plus que celui-ci était censé les accompagner dans leur transition écologique. La plupart des investissements qui participent à la croissance mondiale seront bientôt majoritairement dirigés vers les pays du Sud, et nous devons veiller à ce que ces investissements soient durables et soutiennent l’agriculture, les mesures sociales et l’innovation (notamment par des transferts de savoir-faire technologiques). Des produits financiers doivent être développés pour les projets de taille moyenne, comme il en existe déjà pour les petits et grands projets. L’Europe doit suivre et être suivie par le reste du monde si elle veut atteindre ses objectifs de manière efficiente. Il est également essentiel que l’Union européenne joue un rôle dans les normes d’analyse des données brutes. Les pays du Sud doivent avoir accès aux taux d’intérêt négatifs de la même façon que les pays du Nord afin de se développer équitablement.

Parmi les autres intervenants figurait Bertrand Badré, ancien directeur général et directeur financier de la Banque mondiale, Emmanuelle Mourey, Présidente du Directoire La Banque Postale Asset Management, Christian Brodhag, maître de conférences à l’école des Mines (Saint-Etienne) et ancien délégué interministériel au développement durable, Anne Girault, professeur de l’association ABC, et Monica de Virgiliis, présidente de Chapter Zero France.

 

T20- Passation entre l’Arabie saoudite et l’Italie

La passation de la présidence du T20 entre l’Arabie saoudite et l’Italie a eu lieu le 30 novembre 2020. Les anciens présidents du T20 des présidences précédentes argentine, japonaise et saoudienne ont assisté à cet événement afin de souligner la continuité des travaux et des recherches du T20. The Bridge Tank est membre du T20 depuis 2016, et participera aux travaux de la présidence italienne en 2021.

 

A l’occasion de cette passation, un débat a été organisé sur des thèmes tels que les leçons tirées des présidences passées, les défis et priorités de la présidence italienne, et les défis à venir pour le multilatéralisme. Parmi les principaux intervenants de ce débat figuraient Pietro Benaéssi, sherpa du G20 pour l’Italie, Fahad M. Alturki, président du T20 pour l’Arabie saoudite, Paolo Magri, président du T20 pour l’Italie, Julia Pomares et Gustavo Martinez, présidents du T20 pour l’Argentine, Naoyuki Yoshino, président du T20 pour le Japon, et Ettore Greco et Antonio Villafranca, coordinateurs du T20 pour l’Italie. Ce débat était présidé par James McGann, directeur du programme “Think Tanks and Civil Societies” de l’Institut Lauder de l’Université de Pennsylvanie.

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