Catégorie : Événements et rapports

“Entretiens Transatlantiques”: Réflexions pour l’Europe avec Jean-Pierre Raffarin

Le 21 septembre 2021, The Bridge Tank et le cercle France-Amériques ont inauguré Les « Entretiens Transatlantiques ». L’objectif de ces rencontres est de rassembler en format fermé des décideurs autour d’une personnalité, et visent à nourrir des propositions en amont de la présidence française de l’Union Européenne.

Cette première rencontre réunissait autour de Jean-Pierre Raffarin une quinzaine de personnalités politiques, anciens ministres, parlementaires, industriels, hauts-fonctionnaires, et représentants de la société civile.

Lors de cette réunion suivant la “règle de Chatham House”, après plusieurs idées lancée par M. Raffarin, les participants ont échangé analyses et propositions sur les thématiques suivantes :

  • Les relations UE-Chine-Etats-Unis et leur rôle croissant dans les différentes politiques intérieures
  • Les relations internes à l’Union Européenne
  • La question de l’autonomie stratégique européenne y compris de l’autonomie sur les données
  • La coopération multilatérale et avec l’Allemagne en Afrique et de la démocratisation en Afrique
  • La question d’une défense européenne et de son financement
  • Les enjeux énergétiques et environnementaux face à une destruction écologique
  • La modernisation des démocraties
  • Des risque de déconstruction européenne et des solutions

The Bridge Tank et le cercle France-Amériques prévoient d’organiser une prochaine session des « Entretiens Transatlantiques » autour d’une nouvelle personnalité politique.  

The Bridge Tank co-organise la conférence « Asie centrale : entre convoitises russes et chinoises, quelle place pour l’Union européenne ? »

Le 17 septembre s’est tenue une conférence sur l’Asie centrale « entre convoitises russes et chinoises, quelle place pour l’Union européenne ? » à Sciences Po Strasbourg avec le soutien de The Bridge Tank, l’association Paris-Berlin-Moscou, Sciences Po Forum et l’Association des Alumni de Sciences Po Strasbourg. Cette conférence avait pour objectif de discuter de l’Asie centrale et plus spécifiquement d’étudier les influences russe, chinoise et européenne au sein des cinq pays centrasiatiques de l’ex-URSS : le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan grâce à l’expertise et à l’expérience de praticiens des relations internationales et de la région.

Parmi les intervenants, étaient présents Mme Sylvie Bermann, Ancienne Ambassadeure de France en Chine et en Russie et Présidente du Conseil d’administration de l’IHEDN, M. Gilles Rémy, Directeur du Groupe CIFAL, M. Thierry Kellner, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles et spécialiste de la Chine, et M. Michaël Levystone, Chercheur au Centre Russie/NEI de l’IFRI, et, pour The Bridge Tank, Malaurie Le Bail, analyste en géopolitique et en énergie.

Cet évènement a fait salle comble, réunissant 150 personnes : M. Ivan Soltanovsky, Ambassadeur, Représentant permanent auprès du Conseil de l’Europe, M. Anuarbek Akhmetov, Consul Général de la République du Kazakhstan à Strasbourg, M. François Loos, Ancien Ministre français, M. Pierre Andrieu, Ancien Ambassadeur de France, différents experts ayant travaillé sur la région et de nombreux étudiants.

Co-organisateur de l’évènement, The Bridge Tank était représenté par son analyste, Malaurie Le Bail. Forte de son expérience en l’Asie centrale, elle a tout d’abord décrypté la situation climatique et environnementale de la région au travers d’une lecture scientifique des Contributions Prévues Déterminées au niveau national (CPDN) du Kazakhstan et du Tadjikistan à quelques semaines de la COP26. Nombreuses sont les analyses, tant dans la littérature académique, institutionnelle que dans les médias, qui mettent en avant le leadership kazakhstanais en matière de climat dans la région. Toutefois, en comparant les CPDN du Kazakhstan et du Tadjikistan, leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre sont quasi-similaires. Son intervention a permis de relativiser le leadership kazakhstanais et de mettre en lumière la manière dont les ambitions climatiques des Etats doivent être étudiées selon la notion de « responsabilité communes différenciées ». Malaurie Le Bail a ainsi suggéré deux recommandations :

  • Le développement d’un outil qui permettrait de mesurer le degré d’ambition d’un Etat et de comparer les ambitions climatiques des Etats à contexte différent et/ou égalitaire.
  • L’importance de la création d’une coalition centrasiatique climatique lors des négociations climat pour lutter contre des problématiques environnementales communes, telles que le manque d’irrigation d’eau ou la désertification.

Enfin, Malaurie Le Bail a conclu son intervention en présentant une analyse propre à notre Think Tank sur les Nouvelles routes de la Soie (BRI – Belt and Road Initiative). La BRI est à l’origine une solution sino-chinoise à un problème sino-chinois: la faible demande du marché intérieur et aux fortes exportations des biens, provoquant l’accumulation des devises chinoises des années 2000-2010. Les BRI ne sont donc pas simplement une initiative pour favoriser les investissements mais pour développer des prêts chinois transfrontaliers générant des flux physiques transfrontaliers. L’idée pour la Chine, notamment pour les entreprises chinoises, est de créer des infrastructures et des activités à l’étranger notamment en Asie centrale financées par la dette pour rééquilibrer la situation économique interne et de développer des infrastructures dans les provinces à l’ouest du pays. Sur le plan centrasiatique, les BRI permettent à ces pays de profiter d’infrastructures et de technologies développées et utilisées dans le cadre de ce projet, mais aussi d’intégrer un marché global et d’être au cœur d’un dispositif géopolitique fort.

Trajectoires de transitions énergétiques durables dans les grandes économies

Par Baudouin Becker, Antoine Goutaland, Xieshu Wang,  Joël Ruet, Laure Elise Wargnier and Malaurie Le Bail.

L’urgence écologique se traduit dorénavant par une forte pression sur les décideurs politiques pour qu’ils élaborent des politiques publiques organisant le passage du système présent basé sur les combustibles fossiles, qui n’est pas durable, à un nouveau système, dont les contours ne sont pas encore précisément connus pour le moment, mais dont l’ambition est de parvenir à atteindre la durabilité. Contrairement aux transitions énergétiques précédentes qui étaient réalisées par le bais d’investissements industriels, la décarbonation des économies nationales est cette fois directement conduite et orchestrée par les pouvoirs publics au travers d’incitations économiques, de restrictions et de lois. Les documents présentés ici sont l’application d’une méthodologies qui vise à évaluer la capacité des gouvernements à coordonner les acteurs et les systèmes clés afin d’atteindre leurs objectifs climatiques.

Ces études identifient des trajectoires, que nous comprenons comme une coordination de variables qui permettant à un système de rester équilibré tout en étant en mouvement. Une compréhension systémique de ces trajectoires est proposée, incluant à la fois les réponses majeures des politiques publiques aux enjeux climatiques et l’intégration possible des nouvelles technologies au sein du système existant, y compris une analyse des systèmes industriels et de leur capacité (ou incapacité) à relever ces défis.

Afin de comprendre les transitions énergétiques pour l’ensemble des  secteurs, nous avons développé une méthodologie détaillée et reproductible qui intègre pleinement le rôle et l’impact potentiel des acteurs (politiques et industriels). Cela nous a permis de comprendre les transitions énergétiques d’une manière originale, en nous affranchissant des écueils qui consistent à mener des études macroéconomiques cloisonnées ou des études énergétiques trop spécifiques, qui ne permettent dans aucun des cas de comprendre les enjeux énergétiques dans leur ensemble.

Dans les documents suivants, vous trouverez cette méthodologie appliquée et reproduite à plus de 20 économies à travers le monde.

Le rapport complet (en anglais) : Final Report – Energy trajectories in main markets

Focus spécifique (en anglais) : Specific focus – Energy trajectories in main markets

La fabrique de l’hydrogène – Définition et accélération d’une filière

Par Joël Ruet, Baudouin Becker, Antoine Goutaland and Xieshu Wang.

L’hydrogène est un sujet à la mode et les annonces de technologies innovantes dans ce domaine se sont ainsi multipliées au cours des deux derniers mois. En effet, il semble que l’hydrogène, en tant que vecteur énergétique similaire à l’électricité,  soit parvenu à s’imposer aux yeux de la plupart des décideurs politiques comme un outil indispensable pour assurer la transition vers des économies climatiquement neutres d’ici à la fin 2050. En effet, un certain nombre d’organes exécutifs ont publié des stratégies nationales en matière d’hydrogène au cours des 15 derniers mois, notamment l’UE, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et bien d’autres (même si, jusqu’à présent, ce sont surtout des Européens). 

            L’hydrogène n’est pas une molécule nouvelle et est connu et utilisé depuis des décennies. Actuellement, il est surtout utilisé comme composé industriel pour la production d’ammoniac, d’acier ou pour le raffinage du pétrole. Cependant, dans le contexte de la transition énergétique, il est surtout considéré comme un vecteur énergétique complémentaire à l’électricité. En effet, dans les “hard-to-abate sectors” (les secteurs difficiles à décarboner), c’est-à-dire les secteurs où l’électricité n’est pas une solution envisageable ou de manière insatisfaisante, l’hydrogène apparaît comme un substitut viable aux combustibles fossiles, par exemple dans le transport longue-distance ou la navigation, où le pétrole est difficile à remplacer. 

Ces deux documents donnent un aperçu des développements de l’hydrogène et de son importance croissante dans la transition énergétique, ainsi qu’une analyse prospective de ses perspectives d’évolution à l’horizon 2030. Ils identifient notamment une accélération inattendue du rythme de développement de la molécule. Les pays qui sont le plus susceptibles ou non de décarboniser leur production actuelle d’hydrogène sont également identifiés. Enfin, les documents fournissent un éclairage spécifique sur l’utilisation de l’hydrogène pour la mobilité et sur les écosystèmes de l’hydrogène.

Rapport principal (en anglais) : Main Report – The making of Hydrogen – Definition and acceleration of a sector over 2017-2021

Executive summary (en anglais) : Executive Summary – The making of Hydrogen – Definition and acceleration of a sector over 2017-2021

 

L’état des lieux des écosystèmes hydrogène dans le monde

Par Florian Dommergues et Joël Ruet

Rétrospectivement, 2021 pourrait bien s’avérer être l’année de rupture pour le départ de la transition écologique vers des sociétés climatiquement neutres. Avec l’élection de Joe Biden, qui a réintégré les Accord de Paris quelques heures après son entrée en fonction, la transition écologique a pris un nouvel élan.
Fin 2020, plus de 110 pays s’étaient engagés à atteindre la neutralité climatique d’ici le milieu du siècle, dont la Chine à l’horizon 2060. En sus, la pandémie de COVID-19 a induit une crise économique qui a nécessité le lancement de plans de relance à grande échelle par les pays de l’OCDE, comme le plan de sauvetage américain de 1 900 milliards de dollars, le plan de relance français de 100 milliards d’euros (dont 30 milliards sont dédiés à la transition écologique), ou encore le plan européen de 1800 milliards d’euros, dont un tiers est dédié au Green Deal européen qui vise à atteindre la neutralité climatique. La nécessaire relance économique a été considérée comme une opportunité d’accélérer et de mener à bien la transition écologique en investissant dans les technologies et les énergies durables de demain.

Dans ce contexte d’enthousiasme écologique, une énergie en particulier a gagné en notoriété et fait l’objet d’une attention grandissante : l’hydrogène (H2). L’objectif de cette note est de fournir une vue d’ensemble de l’état présent de l’écosystème hydrogène et de réaliser un examen de la littérature existante sur le sujet.

Nous soutenons que trois tendances méritent une attention particulière et permettent une analyse structurée du domaine.
Premièrement, il faut considérer les problématiques industrielles qui composent l’émergence des écosystèmes hydrogène. L’une des dynamiques décisives est l’interaction entre les acteurs industriels (à la fois les nouveaux acteurs émergents et les anciens acteurs industriels fossiles, tels que les compagnies de gaz) et les politiques publiques gouvernementales qui façonneront l’environnement réglementaire.
Deuxièmement, dans les années à venir, l’hydrogène deviendra très probablement un objet d’échange entre les pays disposant d’abondantes ressources renouvelables et ceux dont les ressources sont plus rares. Malgré cette dynamique qui prend principalement la forme de partenariats bilatéraux entre États à l’heure actuelle, nous soutenons que pendant encore longtemps , les exportations d’hydrogène ne prendront ni l’ampleur ni les formes des transactions standardisées, comme le pétrole ou le gaz naturel. Effectivement, l’hydrogène ne peut pas être appréhendé à la façon d’une commodité uniformisée, comme nous l’avons précisé dans un précédent policy brief.
Troisièmement et dernièrement, la place de l’hydrogène vert dans la transition énergétique doit être envisagée avec lucidité, c’est ce que nous appelons une “philosophie de la transition”. L’hydrogène, s’il est un outil essentiel de la transition énergétique, doit rester au deuxième plan dès lors que l’électrification s’avère possible. L’hydrogène vert doit être envisagé avant tout afin de décarboner les usages industriels où il est présentement indispensable, il peut ensuite être utile dans les secteurs difficilement décarbonables (les “hard-to-abate sectors”). Enfin, si les ressources suffisantes existent, comme un outil d’intégration des systèmes énergétiques (assurant la stabilité du réseau et permettant le couplage des secteurs).

Télécharger le Policy brief complet ici (en anglais) : Un état des lieux des écosystèmes hydrogène dans le monde

La politique chinoise des matériaux stratégiques – impact sur l’écosystème des batteries et recommandations pour l’industrie

Par Xieshu Wang et Joël Ruet.

Les matériaux stratégiques, tels que les terres rares, le lithium, le cobalt ou le nickel, sont des intrants indispensables aux technologies de la transition verte, comme les éoliennes ou les batteries pour véhicules électriques. Alors que de plus en plus de gouvernements visent à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050 et que la nécessité d’une transition vers des économies durables devient de plus en plus pressante, la demande de matériaux va augmenter et ils sont donc considérés comme des intrants critiques, également qualifiés de matériaux stratégiques. On s’attend à ce que la consommation de métaux stratégiques passe de 7 à 19 milliards de tonnes par an, ce qui entraînera de graves tensions du côté de l’offre. Le cobalt est l’un de ces métaux utilisés comme intrant dans les aimants des éoliennes, et pour la production des cathodes des batteries lithium-ion.

Ayant rapidement compris l’importance de ce métal pour les futures technologies stratégiques, la Chine s’est positionnée sur la chaîne de valeur du cobalt et a ainsi pu contrôler une partie importante de la chaîne, notamment en contrôlant une grande partie des ressources en cobalt de la RDC.

Ce document fournit une analyse de la stratégie de la Chine en matière de matériaux, de la manière dont elle a réussi à obtenir une position privilégiée sur la chaîne de valeur, ainsi qu’une analyse des principaux acteurs privés qui sont des acteurs majeurs sur la chaîne de valeur du cobalt.

 

Policy Brief (en anglais) : Industry Recommendations – China’s key materials strategy Industry Recommendations – China’s key materials strategy

Rapport analytique (en anglais) : Analytical Report – China’s key materials strategy Analytical Report – China’s key materials strategy

Policy Brief – L’hydrogène, nouvelle commodité, vecteur énergétique ‘magique’, ou prescripteur de politiques publiques exigeantes ?

Par Antoine Goutaland et Joël Ruet

“L’hydrogène” voit ses utilisations industrielles, ses usages énergétiques différer, ses filières de synthèse foisonner. Mais il y a en réalité des hydrogènes dont les promoteurs constituent un club hétéroclite aux intérêts plus ou moins convergents, présents à différentes mailles géographiques, sectorielles et temporelles. Un écosystème unifié et stabilisé est à ce stade inexistant, et de part les caractéristiques de la molécule, nous défendons que cet écosystème unique et global ne verra pas le jour.

L’hydrogène vert reste un outil décisif de la transition énergétique. Il dispose de la capacité de mieux stocker, d’utiliser, et de valoriser les énergies renouvelables, et offre en général une option de flexibilité supplémentaire à la grande refonte systémique énergétique nécessaire à la transition écologique.

A l’heure actuelle, le Conseil mondial de l’hydrogène a intérêt à faire front commun auprès des décideurs politiques afin d’élargir l’assiette de ce qui n’est pas vraiment jusqu’ici un « secteur ». Mais derrière ce “narratif” homogène, se jouent des batailles industrielles, de politique industrielle, de politique tout court. L’hydrogène contribuera au lent changement de perspective de l’écologie: en parallèle de la question systémique des transitions-trajectoires, émergera non pas le retour de la question micro-économique (formation de prix sur des marchés), mais celle de la politique macro-économique des ressources naturelles, problématique englobante, allant d’une comptabilité nationale des ressources à une géostratégie des ressources.

Télécharger le Policy brief complet ici 2021-07-07-PB_Hydrogene

Points-clés

  • L’hydrogène n’est pas une commodité et ne le deviendra probablement pas. Ce sous-produit peut toutefois jouer un rôle clé dans la décarbonation de certaines industries lourdes ou usages énergétiques.
  • Les hydrogènes n’étant pas le pétrole, le précédent modèle économique de ce secteur n’est pas nécessairement l’avenir de l’hydrogène, et il faut dès lors interroger les hypothèses et habitudes cognitives acquises, ainsi qu’analyser objectivement les accélérateurs en présence, et notamment les territoires qui sont déterminants.
  • L’hydrogène ouvre la boîte de Pandore de l’économie industrielle : des oligopoles technologiques forcés s’annoncent-ils ? Recouperont-ils ou bien transcenderont-ils les concurrences géopolitiques ? Certains bassins charbonniers s’imposeront-ils par une sorte de retour de l’histoire ? Les parcs industriels tireront-ils la demande à leur avantage ?
  • L’électrification du monde, mobilisant l’hydrogène, et associée à des usages « naturels » de l’hydrogène là ou l’électrification est peu pertinente, est compatible avec une explosion des transformations énergétiques assortie d’une diminution des émissions de CO2.

4ème Forum Nanjing/Paris pour l’innovation: des partenariats technologiques encadrés par les Etats?

Le jeudi 24 juin 2021, le Nanjing/Paris Partenariat pour l’innovation, 4ème conférence sino-française sur la coopération en matière d’innovation s’est tenue à Nanjing, en Chine, dans le cadre de la Nanjing Techweek 2021. Le forum se donne pour but d’approfondir les partenariats stratégiques entre la Chine et la France à travers les villes de Nanjing et de Paris, avec un accent particulier sur l’innovation et le développement scientifique et technologique.

Le forum de Nanjing/Paris, auquel des centaines de personnes ont assisté en physique et qui a été diffusé en direct sur Internet, a accueilli des personnalités chinoises et françaises. Du côté chinois, les intervenants comprenaient : Li Shigui, membre du comité permanent du comité du parti municipal, directeur adjoint du comité permanent de l’assemblée populaire municipale et secrétaire du comité du parti du district de Jiangning, et Shen Xiang, ministre des Affaires économiques et commerciales de l’ambassade de Chine en France ainsi que Lu Qingjiang, consul général de Chine à Lyon.

Du côté français, Dominique Villepin, ancien ministre des Affaires étrangères, a insisté sur la nécessité d’accélérer la coopération entre les deux pays dans les domaines de l’énergie, la science et les technologies, en créant notamment des clubs d’entrepreneurs franco-chinois.  Il était accompagné de Pascal Petit, économiste et directeur de recherche du Centre national de la recherche scientifique français, qui a évoqué la nécessité d’une politique plus ouverte en matière d’innovation sur de nouveaux modèles entre les deux pays, ainsi que de Joël Ruet, président du Bridge Tank.


Joël Ruet, a développé trois points principaux : 

– le premier traite de la nécessité de tirer les leçons de l’histoire de la coopération entre la Chine et la France, en particulier dans les secteurs du nucléaire et de l’énergie, coopération aujourd’hui en fin de cycle 

– le second sur la nécessité de construire sur ces coopérations passées par l’expansion des frontières de la recherche et du dialogue, notamment sur les recteur rapides et de 4ème génération dans le nucléaire, sur le génie environnemental urbain,

– dans un troisième point, le développement des différentes technologies liées à l’essor de l’économie hydrogène,  bénéfique pour les systèmes technologiques et l’industrie de la France.

Joël Ruet a évoqué le contexte international de concurrence technologique et l’importance de désigner quels sont les secteurs et technologies de coopération possible et ceux nécessitant en revanche une attention sécuritaire accrue. 



 En parallèle, une session à distance a été organisée, qui a permis à plus de dix chefs d’entreprises chinois et français d’échanger sur des différentes coopérations possibles.

  Enfin, une cérémonie de signature virtuelle a été menée pour lancer des projets technologiques et de plateformes d’innovation sino-françaises.

Ce forum, qui a réuni un large éventail d’experts dans divers domaines, de l’économie à la technologie, en passant par la finance et le monde universitaire, a adopté un modèle « cloud + offline » pour structurer la conférence. Il vise à devenir une plateforme d’innovation ouverte, de coopération et de partage entre la France et la Chine, afin de promouvoir un développement mutuellement bénéfique. Les sujets abordés au cours du forum comprenaient, entre autres, l’automobile, l’intelligence artificielle, la médecine et la santé, les économies d’énergie et la protection de l’environnement.

Sommet entre l’Union Européenne et les États-Unis : vers un nouveau partenariat transatlantique ?

« America is back » et la hache de guerre des années Trump semble enterrée, comme en témoigne la tenue du sommet UE-États-Unis à Bruxelles le 15 juin 2021 : première rencontre de ce type depuis 2017, elle a marqué le lancement d’un partenariat renouvelé et d’un programme commun pour la coopération entre l’UE et les Etats-Unis, selon une approche sectorielle. Cette rencontre a notamment permis trois avancées commerciales majeures pour relancer et approfondir les échanges transatlantiques dans un contexte de bras de fer sino-américain. 

 Un accord de coopération pour les aéronefs civils clôture un conflit vieux de 17 ans

Les dirigeants Joe Biden, Charles Michel, président du Conseil Européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission Européenne, se sont engagés à créer un cadre coopératif pour les aéronefs civils de grande taille, franchissant ainsi une étape décisive pour mettre fin au différend relatif à ce secteur. Après 17 ans de conflit entre Bruxelles et Washington devant l’OMC, cet accord amorce une nouvelle relation transatlantique dans l’aéronautique. À l’origine du contentieux : les subventions illégales accordées aux avionneurs Airbus et Boeing. Sous l’administration Trump, les tensions se sont exacerbées et l’OMC avait autorisé l’imposition de taxes à hauteur 7,5 milliards de dollars de biens et services européens importés, notamment 25% pour les vins et 15% pour les avions Airbus. 

À l’issue du sommet, les dirigeants ont annoncé la suspension des droits de douanes punitifs infligés mutuellement, dans le cadre d’une trêve de cinq ans. La résolution de ce conflit qui empoisonnait les relations bilatérales est un signal fort en faveur d’un rapprochement sous l’administration Biden, apte à créer des conditions de concurrence équitables et à relever les nouveaux défis industriels. 

Cette recherche d’apaisement reflète une tentative de rallier l’UE dans le bras de fer des États-Unis avec la Chine en renforçant la position américano-européenne. D’autant que cet ancien duopole des avionneurs devient aujourd’hui un oligopole avec l’entrée du nouvel acteur chinois Comac. Cette mesure de bon sens a donc aussi le potentiel de contrer la percée chinoise dans ce secteur et de contester les pratiques de concurrence jugées déloyales de la Chine. L’idée est aussi de mettre en place un modèle de coopération efficace pour relever conjointement d’autres défis posés par le modèle économique de la Chine. S’il n’est pas certain qu’un compromis sera trouvé à l’issue de cette trêve, il existe une vraie volonté américaine de parvenir à un accord. En effet, lorsque le litige a débuté en 2004, Airbus s’imposait sur le marché international au détriment de Boeing, alors qu’aujourd’hui, la menace vient de la Chine et l’heure est à l’unité de part et d’autre de l’Atlantique. 

Des discussions engagées pour le règlement des différends sur les mesures relatives à l’acier et à l’aluminium

Les dirigeants ont convenu d’engager les discussions pour résoudre le conflit commercial sur l’acier et l’aluminium et de lever tous les droits de douane additionnels et punitifs avant la fin de l’année. Ursula von der Leyen a annoncé un groupe de travail sur ce dossier qui entache les relations transatlantiques depuis que Donald Trump a annoncé, en 2018, l’imposition de taxes de 25% sur les importations européennes d’acier et de 10% sur celles d’aluminum, provoquant en retour des contre-mesures européennes. 

La levée de ces taxes dans l’esprit d’apaisement qui prévaut aujourd’hui constituerait un geste politique très attendu par l’UE, qui espère des actes forts au-delà des intentions. Toutefois, ce geste diplomatique ne devrait pas changer la face des échanges européens, ni chambouler le marché européen de l’acier et de l’aluminium, car les prix ont augmenté de manière inédite ces six derniers mois, noyant ainsi l’impact des taxes américaines.

Du reste, le règlement effectif du conflit risque d’être épineux car l’UE n’a pas une logique tarifaire et commerciale mais une logique de taxe aux frontières différentes des États-Unis. Le partenariat ne va pas de soi et laisse la porte ouverte à un rapprochement possible avec la Chine, que ce soit côté américain ou européen. 

La mise en place d’un Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis 

Il ne s’agit plus pour l’Union européenne et les Etats-Unis d’entrer dans une logique de libre-échange, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement négocié depuis 2013 n’étant plus d’actualité. Toutefois, un Conseil de commerce et de technologie va être créé pour proposer une plateforme de coopération en matière de commerce, d’investissement, de technologie, de questions numériques et de chaînes d’approvisionnement. Il incarne une volonté de coopérer pour élaborer des normes compatibles et internationales et de promouvoir l’innovation tout en évitant de nouvelles barrières commerciales ou obstacles techniques injustifiés. Il permettra aux partenaires de s’aligner sur les questions technologiques mondiales, comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les technologies propres… Les deux parties se sont d’ores et déjà engagées en priorité à établir un partenariat sur le rééquilibrage des chaînes d’approvisionnement pour les semi-conducteurs. 

Cette troisième annonce est à la fois la plus imprécise et la plus structurante pour l’avenir des relations bilatérales UE-États-Unis. À l’heure où une guerre technologique semble engagée avec la Chine, la question de la coordination technologique est centrale. Après une première mondialisation, américaine et commerciale, mise à mal par les années Trump, on comprend que Biden a aujourd’hui le projet d’en tricoter une nouvelle, qui prend la forme d’une libéralisation technologique et d’une ouverture vers ses partenaires stratégiques. 

Notre décryptage du Nouveau Modèle de Développement

Contexte:

L’Ambassadeur et ancien Ministre de l’Intérieur Chakib Benmoussa, Président de la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement (CSMD) a remis ce mardi 25 mai 2021 son rapport général lors d’une cérémonie présidée par le Roi Mohammed VI.

La vision décrite dans ce rapport est qu’à l’horizon 2035, le Maroc soit reconnu comme un pays démocratique : « En 2035, le Maroc est un pays démocratique, où toutes et tous sont en pleine capacité de prendre en main leur devenir et de libérer leur potentiel, de vivre en dignité au sein d’une société ouverte, diverse, juste et équitable. C’est un pays créateur de valeur, qui fructifie ses potentialités de manière durable, partagée et responsable. Capitalisant sur ses progrès significatifs à l’échelle nationale, le Maroc s’érige en puissance régionale exemplaire, à l’avant-garde des grands défis qui interpellent le monde. »

Aussi, le rapport de la CSMD donnera lieu à un pacte national pour le développement – proposition inédite au Maroc. L’objectif est d’ancrer le Nouveau Modèle de Développement comme référentiel commun des acteurs et engager les différentes parties. Autrement dit, le pacte serait l’outil d’un renouvellement des rapports de l’Etat avec les acteurs du développement (partis politiques, institutions constitutionnelles, secteur privé et partenaires sociaux, territoires et tiers secteur) ; renouvellement dont les maîtres mots sont : responsabilisation, subsidiarité, partenariat, durabilité et inclusion.

Axes de développement

Le rapport général de la CSMD, « le Nouveau Modèle de Développement, libérer les énergies et restaurer la Confiance pour accélérer la marche vers le progrès et la prospérité pour tous », s’articule autour de trois parties :

  • Le Maroc d’aujourd’hui et le monde à venir
  • Le Nouveau Modèle proposé par la Commission
  • La proposition des leviers de changements pour y parvenir

Il est accompagné de 3 annexes qui complètent la compréhension du nouveau modèle de développement et de son élaboration :

  • Une synthèse des écoutes et des contributions qui ont alimenté la démarche de co-construction de la CSMD. Le document décrit l’approche participative adoptée pour l’élaboration du nouveau modèle de développement. Il retranscrit la richesse des échanges avec les citoyens et les institutions ;
  • Un recueil des notes thématiques, projets et paris d’avenir appartenant au nouveau modèle de développement, accompagné de ses axes stratégiques de transformation et de ses leviers de changement ;
  • Une liste des contributions, auditions, activités et bibliographies qui ont contribué aux travaux de la CSMD.
  1. Benmoussa a évoqué lors d’une conférence de presse tenue à Rabat le mercredi 26 mai l’ambition du nouveau modèle de développement, de placer « l’humain au centre de tout choix». Il a aussi ajouté que ce rapport permettrait de se « positionne(r) sur des domaines d’avenir tout en préservant ses ressources naturelles et les valorisant“, en n’oubliant pas de mentionner que le nouveau modèle de développement est un appel général à la mobilisation, appelant à une nouvelle forme d’organisation et un mode de gouvernance rénové. Ce rapport prévoit une mise en œuvre des actions et des objectifs de développement à l’horizon 2035.

Une “place de choix”, un “atout précieux dans le processus de développement du pays”, tels sont les termes utilisés pour décrire les « Marocains du Monde » ou Marocains résidant à l’étranger (MRE) qui font l’objet d’une section spéciale dans le rapport CSMD. En effet, ils figurent comme l’un des cinq leviers du changement nécessaires pour l’amorçage du nouveau modèle de développement. De ce fait, il faut relever simultanément les cinq objectifs de développement interdépendants et complémentaires que sont :

  • la prospérité,
  • l’automatisation (empowerment),
  • l’inclusion,
  • la durabilité,
  • et le leadership régional dans des domaines ciblés.
Figure 1: Ambition pour le Maroc à l'horizon 2035

Le tableau ci-dessous a été publié dans le rapport de la Commission, il a pour vocation de donner une consistance claire à ses objectifs de développement de manière chiffrée et quantifiable. La Commission propose une sélection d’indicateurs qui visent à mesurer l’impact final en termes de développement. Ils démontrent l’impératif de résultats pour les acteurs en charge de la mise en œuvre, mais en conservant une certaine flexibilité sur les solutions et mesures appropriées pour leur atteinte. La publication de ces indicateurs n’est pas anodine, elle vise à installer un climat de confiance et de transparence de l’action publique et une culture de la performance et du résultat.  

Les valeurs des indicateurs ci-dessus visent un objectif pour 2035, elles peuvent être amenées à évoluer en fonction des recherches en cours au Maroc et à l’international. L’objectif du Maroc est de pouvoir se situer dans la 1ère moitié, voire le tiers supérieur, des classements mondiaux qui font référence aux secteurs prioritaires du Nouveau Modèle de Développement.

Figure 2: Indicateur de résultat du Nouveau Modèle de développement

Narjis Hilale, membre de la CSMD, met l’accent sur tous les aspects constituant le rapport que ce soit celui de la gouvernance, de la culture, des mentalités, des compétences et de l’économie. Narjis Hilale insiste que le fil conducteur du rapport est de comprendre les “Marocains du Monde” dans leurs diversité et pluralité. Cet élément est crucial et assure le succès des politiques à venir qui leur sont dédiées. Autrement dit, un des éléments clés est le développement d’un soft power marocain. Afin d’atteindre les Marocains du monde, l’utilisation des nouvelles technologies digitales est nécessaire. Il vise la création d’une stratégie de communication ciblée et adaptée.

Financement du nouveau modèle de développement

Concernant la question du financement, M. Benmoussa a précisé que ces projets nécessiteront des financements publics additionnels de 4% du PIB annuellement en phase d’amorçage (2022-2025) et de 10% du PIB en rythme de croisière à l’horizon 2030. Ici ne sont comptabilisés que certains objectifs de développement, ceux associés aux chantiers du capital humain et de l’inclusion (éducation ; enseignement supérieur ; santé ; protection sociale ; jeunesse), qui requièrent des dépenses publiques récurrentes importantes. D’autres part, les projets au centre du nouveau modèle de développement comme les cinq axes retenus, les réformes structurelles qui les accompagnent (eau, énergie, transport et logistique, numérique…), la transformation productive de l’économie, et le développement d’écosystèmes territoriaux (projets régionaux, fonds d’appui, pôles de recherche et formation, etc.), devront être propulsés à partir de 2022 afin de favoriser la création de valeur et d’emplois.

La stratégie de financement du NMD est focalisée sur sa phase d’amorçage, poussée par l’Etat et ayant pour objectif une reprise par le secteur privé “Il faut augmenter les ressources de l’Etat à travers le recours à la fiscalité, sans augmenter les impôts, et la diversification du financement par le biais du secteur privé. Nous avons besoin d’un secteur privé fort“, affirme Chakib Benmoussa. L’hypothèse de cette stratégie soutient qu’un amorçage réussi provoquera une dynamique positive permettant au NMD de s’autofinancer partiellement tout en contribuant à l’accroissement de ressources.

Cette stratégie s’articule en cinq leviers faisant appel au financement public et privé, afin d’amorcer les grands chantiers du NMD de manière simultanée :

  • Une politique budgétaire actant les réallocations nécessaires au financement des chantiers transformateurs
  • Une politique budgétaire agile, qui s’inscrit dans la dynamique de moyen-long terme
  • Une politique fiscale plus efficace, à même de permettre la mobilisation de ressources supplémentaires, dont le potentiel est estimé entre 2 et 3% du PIB.
  • Une amorce rapide de la transformation structurelle de l’économie, à même de générer des ressources à moyen-terme permettant la soutenabilité du modèle. Celle-ci faisant appel à un rôle accru des EEP (Établissements et Entreprises Publics) et du secteur privé national et international.
  • Des conditions propices pour l’accroissement de l’investissement privé national et international, à travers un cadre d’investissement attractif. Aussi, la diversification des mécanismes et des systèmes de financement au service de la transformation économique.

Le Président de la Commission soutient que les chantiers principaux, de par leur portée transformationnelle, favoriseraient la transition vers un nouveau palier de croissance annuelle du PIB pouvant atteindre 6% en moyenne à partir de 2025 et 7% à partir de 2030. Il s’agit aussi de la résorption des inégalités hommes-femmes, principalement en matière d’accès à l’emploi, générerait un supplément annuel de croissance du PIB entre 0,2% et 1,95%.

Figure 3: Stratégie de financement du NMD

A l’horizon 2030, le rapport préconise une part du numérique dans le PIB s’élevant à 5%, les IDE (investissements directs étrangers) investis dans le numérique atteindront 10% du total des IDE. Quant aux compétences formées au numérique, toutes compétences confondues seront de 50 000 par an. Dans ce rapport, le numérique constitue un moyen efficace pour augmenter la confiance entre le citoyen, les entreprises et l’Etat, permettant ainsi une relation fluide, transparente et simplifiée. Pour cela, les objectifs sont de développer une infrastructure de qualité sur l’ensemble du territoire, de faciliter un accès rapide aux informations et d’offrir de nouveaux canaux de services et participation. Le numérique est aussi perçu comme un outil d’inclusion économique, sociale et territoriale. Le paiement mobile est aussi reconnu comme une opportunité d’inclusion économique et sociale des populations vulnérables.

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