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“La Chine, nouvelle Atlantide entre les Etats-Unis et l’Europe?” Décryptage des jeux de puissance par Joël Ruet dans La Tribune

On ne peut plus nier que l’Amérique, sous la nouvelle administration de Biden, se prépare à faire face à la présence croissante de la Chine sur la scène mondiale en menant ce que beaucoup ont appelé la « nouvelle guerre froide ». Malgré les inquiétudes croissantes quant à l’avenir de la position agressive de l’Amérique, dont se font l’écho des personnalités comme Bernie Sanders, les discussions centrées sur la Chine menées par le président américain lors de la récente série de sommets mondiaux, du G7 à l’OTAN, confirment cette affirmation. Sa récente tournée en Europe était essentiellement un appel aux armes à ses alliés, une congrégation de puissances et de valeurs démocratiques. Cependant, dans le cadre des frictions créées par le déplacement de ces états tectoniques politiques, l’Europe refuse de choisir un camp, ses dirigeants évoquant à plusieurs reprises en réponse le terme d’ «autonomie stratégique ». En refusant de s’aligner explicitement sur l’Amérique ou la Chine, l’Europe entend forger son propre destin ; avec l’entrée de la Chine dans l’Atlantique Nord, le tissu politique du monde est en train de se reconstituer.

 

Voici l’article de Joël Ruet, ancré sur l’analyse des dialogues qui ont eu lieu lors de la récente série de sommets mondiaux. Publié initialement sur le site de la Tribune, intitulé « la Chine, nouvelle Atlantide entre les États-Unis et l’Europe ? », cet article explore non seulement le sens de la phrase clé de l’Europe : « autonomie stratégique », mais aussi ce que cette stratégie implique pour ses partenariats potentiels avec l’Amérique et la Chine. À travers des analyses profondes et précises des événements et des dialogues qui ont eu lieu lors de la récente série de sommets, cet article présente des observations et des perspectives cruciales dans le contexte tendu d’une guerre froide américano-chinoise 2.0.

 

Lire l’article ici : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-chine-nouvelle-atlantide-entre-les-etats-unis-et-l-europe-887357.html

Télécharger ici l’article en PDF: La Chine, nouvelle Atlantide entre les Etats-Unis et l’Europe

 

Intérêts stratégiques de l’UE face à la Chine: notre opinion publiée dans la Revue de Défense Nationale reprise par China Today

 

Alors que la stratégie d’autonomie européenne face à la puissance chinoise s’accélère, une note d’analyse et de propositions du Bridge Tank a été reprise à la fois par la Revue de Défense Nationale et par China Today. Indice qu’une discussion rigoureuse pour une négociation serrée demeure possible?   


Suite à deux ans de travaux, le Bridge Tank s’est positionné dans le calibrage des rapports de force entre l’UE et la Chine, notamment en publiant en mars dernier deux notes d’analyse (Pour un rapport de force – quels enjeux autour du pré-accord de principe sur l’investissement co-signée par plusieurs anciens ministres et ambassadeurs français ; et Conflit sino-occidental, analyse et propositions, cette dernière écrite par le Général Eric de la Maisonneuve). 


Les analyses développées mettent en avant que les deux protagonistes dans leurs rapports de forces soient en décalage autant sur le plan temporel que spatial. 

 

Le Bridge Tank, actif à la fois dans le débat occidental et chinois, pointe la double erreur d’analyse que se font mutuellement ces deux protagonistes ainsi que des propositions de discussions fermes sur les ressources stratégiques. 


Cette approche a été reprise en mars 2021 dans la « Revue Défense Nationale », revue stratégique et de défense de référence française, intervention que nous avons ensuite popularisée auprès d’un média sinophone à forte diffusion, China TodayCet article bilingue analyse explicitement les intérêts européens générés par ce nouveau partenariat avec la Chine en conjonction avec des enjeux politiques, écologiques et économiques.



Un contexte qui se dégrade

 

Le mardi 4 mai 2021, le vice-président de la Commission Européenne, Valdis Dombrovskis a annoncé la suspension d’un accord historique entre l’Union Européenne et la Chine sur les investissements. Cet d’accord, qui a été construit pendant sept ans, a été conclu le 30 décembre 2020, mais finalement annulé en raison de la détérioration du climat politique et des affaires entre les parties prenantes.


Quel rôle peut-elle jouer l’Union Européenne ?

 

Cet accord, bien qu’il ait suscité du mépris chez certains dirigeants européens et dans la presse internationale, offre des bénéfices cruciaux pour le développement économique de l’UE. Dans le contexte d’une nouvelle guerre froide entre la Chine et les États-Unis et de la crise sanitaire, l’Europe souhaite «coopérer avec la Chine c’est aussi coopérer avec le RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership), troisième bloc économique mondial, et ainsi accéder aux pays de l’ASEAN ». 


Une souveraineté européenne fondée sur un fil rouge environnemental 

 

Depuis la signature de l’accord de Paris en 2015, l’UE s’est montrée être un pionnier dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour les droits environnementaux. La Chine, l’un des plus grands émetteurs de CO2 avec 28% des émissions mondiales, a déclaré pour but de baisser leur niveau des émissions carbones d’ici 2060.

En travaillant avec la Chine, cet accord permettrait un dialogue plus ouvert et direct sur des innovations urbaines, par exemple des smart cities (des villes intelligentes), développées dans l’intérêt des générations à venir.

Face à la montée en puissance de la Chine et les États-Unis dans le domaine du numérique, on constate que l’Europe doit rattraper son retard pour contrer le jeu de puissance afin de garantir son autonomie stratégique.

Consultez l’intégralité de l’article sur le lien suivant : https://www.defnat.com/e-RDN/vue-article.php?carticle=22578

Sommet entre l’Union Européenne et les États-Unis : vers un nouveau partenariat transatlantique ?

« America is back » et la hache de guerre des années Trump semble enterrée, comme en témoigne la tenue du sommet UE-États-Unis à Bruxelles le 15 juin 2021 : première rencontre de ce type depuis 2017, elle a marqué le lancement d’un partenariat renouvelé et d’un programme commun pour la coopération entre l’UE et les Etats-Unis, selon une approche sectorielle. Cette rencontre a notamment permis trois avancées commerciales majeures pour relancer et approfondir les échanges transatlantiques dans un contexte de bras de fer sino-américain. 

 Un accord de coopération pour les aéronefs civils clôture un conflit vieux de 17 ans

Les dirigeants Joe Biden, Charles Michel, président du Conseil Européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission Européenne, se sont engagés à créer un cadre coopératif pour les aéronefs civils de grande taille, franchissant ainsi une étape décisive pour mettre fin au différend relatif à ce secteur. Après 17 ans de conflit entre Bruxelles et Washington devant l’OMC, cet accord amorce une nouvelle relation transatlantique dans l’aéronautique. À l’origine du contentieux : les subventions illégales accordées aux avionneurs Airbus et Boeing. Sous l’administration Trump, les tensions se sont exacerbées et l’OMC avait autorisé l’imposition de taxes à hauteur 7,5 milliards de dollars de biens et services européens importés, notamment 25% pour les vins et 15% pour les avions Airbus. 

À l’issue du sommet, les dirigeants ont annoncé la suspension des droits de douanes punitifs infligés mutuellement, dans le cadre d’une trêve de cinq ans. La résolution de ce conflit qui empoisonnait les relations bilatérales est un signal fort en faveur d’un rapprochement sous l’administration Biden, apte à créer des conditions de concurrence équitables et à relever les nouveaux défis industriels. 

Cette recherche d’apaisement reflète une tentative de rallier l’UE dans le bras de fer des États-Unis avec la Chine en renforçant la position américano-européenne. D’autant que cet ancien duopole des avionneurs devient aujourd’hui un oligopole avec l’entrée du nouvel acteur chinois Comac. Cette mesure de bon sens a donc aussi le potentiel de contrer la percée chinoise dans ce secteur et de contester les pratiques de concurrence jugées déloyales de la Chine. L’idée est aussi de mettre en place un modèle de coopération efficace pour relever conjointement d’autres défis posés par le modèle économique de la Chine. S’il n’est pas certain qu’un compromis sera trouvé à l’issue de cette trêve, il existe une vraie volonté américaine de parvenir à un accord. En effet, lorsque le litige a débuté en 2004, Airbus s’imposait sur le marché international au détriment de Boeing, alors qu’aujourd’hui, la menace vient de la Chine et l’heure est à l’unité de part et d’autre de l’Atlantique. 

Des discussions engagées pour le règlement des différends sur les mesures relatives à l’acier et à l’aluminium

Les dirigeants ont convenu d’engager les discussions pour résoudre le conflit commercial sur l’acier et l’aluminium et de lever tous les droits de douane additionnels et punitifs avant la fin de l’année. Ursula von der Leyen a annoncé un groupe de travail sur ce dossier qui entache les relations transatlantiques depuis que Donald Trump a annoncé, en 2018, l’imposition de taxes de 25% sur les importations européennes d’acier et de 10% sur celles d’aluminum, provoquant en retour des contre-mesures européennes. 

La levée de ces taxes dans l’esprit d’apaisement qui prévaut aujourd’hui constituerait un geste politique très attendu par l’UE, qui espère des actes forts au-delà des intentions. Toutefois, ce geste diplomatique ne devrait pas changer la face des échanges européens, ni chambouler le marché européen de l’acier et de l’aluminium, car les prix ont augmenté de manière inédite ces six derniers mois, noyant ainsi l’impact des taxes américaines.

Du reste, le règlement effectif du conflit risque d’être épineux car l’UE n’a pas une logique tarifaire et commerciale mais une logique de taxe aux frontières différentes des États-Unis. Le partenariat ne va pas de soi et laisse la porte ouverte à un rapprochement possible avec la Chine, que ce soit côté américain ou européen. 

La mise en place d’un Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis 

Il ne s’agit plus pour l’Union européenne et les Etats-Unis d’entrer dans une logique de libre-échange, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement négocié depuis 2013 n’étant plus d’actualité. Toutefois, un Conseil de commerce et de technologie va être créé pour proposer une plateforme de coopération en matière de commerce, d’investissement, de technologie, de questions numériques et de chaînes d’approvisionnement. Il incarne une volonté de coopérer pour élaborer des normes compatibles et internationales et de promouvoir l’innovation tout en évitant de nouvelles barrières commerciales ou obstacles techniques injustifiés. Il permettra aux partenaires de s’aligner sur les questions technologiques mondiales, comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les technologies propres… Les deux parties se sont d’ores et déjà engagées en priorité à établir un partenariat sur le rééquilibrage des chaînes d’approvisionnement pour les semi-conducteurs. 

Cette troisième annonce est à la fois la plus imprécise et la plus structurante pour l’avenir des relations bilatérales UE-États-Unis. À l’heure où une guerre technologique semble engagée avec la Chine, la question de la coordination technologique est centrale. Après une première mondialisation, américaine et commerciale, mise à mal par les années Trump, on comprend que Biden a aujourd’hui le projet d’en tricoter une nouvelle, qui prend la forme d’une libéralisation technologique et d’une ouverture vers ses partenaires stratégiques. 

Le Bridge Tank au Forum de BOAO dans les médias

Depuis 2018, le Président du Bridge Tank Joël RUET participe au Forum de BOAO dont le think tank est un partenaire. Il est intervenu cette année aux côtés de leaders internationaux de la sphère politique et du monde des affaires, comme Dmytro KULEBA, ministre des Affaires Étrangères ukrainien, Jens ESKELUND, vice-président à la Chambre de Commerce européenne en Chine, ou LIU Hualong, président de China Poly Group.

Il y était l’un des trois intervenants français, incarnant le cercle des think tanks, tandis que Jean-Pierre RAFFARIN et Henry GISCARD D’ESTAING, y représentaient respectivement le monde politique et économique. Cette rencontre de haut niveau a été marquée par la reprise des échanges dans un monde en reconstruction après une pandémie qui a bouleversé les interactions entre pays.

Au cours du forum BOAO, le « Davos chinois », Joël Ruet a participé à la session « Speed up Trade Connection in Times of Pandemic Isolation », où il a développé l’idée que « le commerce de demain est préparé par l’investissement d’aujourd’hui ».

Dans le contexte de l’édition 2021 du Forum de BOAO, Joël Ruet a proposé des pistes de réflexion sur la coopération environnementale entre la Chine, l’Union Européenne et les États-Unis au cours d’une interview de CGTN TV. Il a également évoqué la nécessité de renforcer la coordination entre le G20 et la BRI (Belt and Road Initiative), et abordé la question de la gouvernance de ces nouvelles Routes de la soie auprès de ces journalistes.

Joël Ruet a également été cité par CCTV13, la première chaine d’information nationale chinoise, au sujet du rôle de BOAO dans l’intégration économique de l’Asie, mais aussi du monde à l’échelle globale.

Lors d’un entretien accordé à Xinhua News à l’occasion de l’ouverture du Forum, le président du Bridge Tank a présenté son point de vue sur le commerce de demain, nécessairement fondé sur des investissements proactifs et ambitieux, une réforme de l’OMC, et le verdissement des Nouvelles Routes de la Soie. Repris dans un autre article sur la place de la Chine dans le développement durable à l’échelle mondiale, Joël Ruet a soutenu que la BRI a un grand rôle à jouer dans la transition énergétique, en particulier dans le domaine de l’hydrogène.

Interview de Joël Ruet Président du Bridge Tank sur CCTV- News China

Notre président, Joël Ruet, a été interviewé par CCTV, dans l’émission d’actualité la plus large de Chine, sur le discours du président XI Jinping à Davos. Il a fait valoir que, depuis le discours historique de XI Jinping en 2017 à Davos, la Chine avait continué à s’ouvrir et que l’avenir reposera sur les progrès continus de la réciprocité pour les investissements des entreprises européennes en Chine et vice versa.

Sénégal : La crise politique qui secoue le pays

Trois de nos membres fondateurs du Sénégal se sont mobilisés dans les médias internationaux et nationaux pendant la période d’agitation que le pays a connue ; Aissata Tall-Sall, Ministre des Affaires étrangères ( sur France 24), Elhaj Kasse (TFM), Conseiller spécial du Président et Mamadou Lamine Diallo (TFM), membre de l’Assemblée nationale et un des leaders de l’opposition démocratique.

Elhaj Kasse, Conseiller spécial du Président sur TFM (Télé Futurs Medias) pour un plateau spécial : comment sortir de la crise ?
Mamadou Lamine Diallo, membre de l’Assemblée nationale interviewé sur TFM ( Télé Futurs Médias)

Le ministre Brice Lalonde, ancien SG Adjoint de l’ONU, échange sur la transition écologique avec le Bridge Tank

Brice Lalonde, qui a occupé les fonctions de ministre français de l’Environnement, secrétaire général adjoint de l’ONU pour le climat, et de Coordonateur exécutif à Rio+20, a détaillé les principales problématiques de la transition écologique autour desquelles les puissances doivent engager un nouveau cycle de coopération technologique.

Perspectives de coopération sino-européenne

Brice Lalonde a rappelé que l’électrification de nos économies est le maitre mot de cette transition, nécessitant le déploiement et l’amélioration de techniques telles que les batteries, les électrolyseurs, et posant plus largement la question de la production d’électricité à grande échelle. Brice Lalonde estime que c’est dans ce cadre que le nucléaire trouve toute sa pertinence et doit être un sujet d’échanges technologiques. Il a rappelé, à titre d’exemple, la précédente signature d’un accord France-Chine sur la construction d’une usine de retraitement des déchets nucléaires.
L’intervenant a en sus évoqué à plusieurs reprises la perspective d’une utilisation future de carburants de synthèse, qui consistent à capturer et réutiliser le gaz carbonique émis comme énergie. Brice Lalonde a ainsi insisté sur la distinction entre les ressources énergétiques du présent et celles du future, illustrant son propos par l’exemple de l’eau, qui devrait devenir une ressource stratégique en raison de la technologie de l’électrolyse de l’eau, permettant la production d’hydrogène.
Enfin, l’ex-ministre a abordé les enjeux de recherche autour de la fixation du carbone, sous forme de photosynthèse artificielle ou par le biais de la séquestration du dioxyde de carbone (CO2), sur lesquels la Chine et l’UE doivent également travailler en commun.

Gouvernance mondiale et avenir du commerce international

D’autre part et en dehors des seules relations sino-européennes, Brice Lalonde a plus largement présenté le manque de coopération internationale sur les sujets écologiques comme la principale lacune empêchant le déploiement de la transition écologique à grande échelle. Un changement de paradigme lui semble nécessaire avec la mise en place d’un minimum de gouvernance mondiale sur ces sujets, à rebours de la configuration actuelle où les programmes climatiques souverains se contentent de s’additionner, sans dimension supranationale. Il nous manque ainsi, estime-t-il, de grands accords de coopération internationaux, pour le gaz par exemple, où les industriels gaziers se coordonneraient pour financer la transition des économies charbonnées vers le gaz, bien moins émetteur en CO2. Il lui parait en conséquence crucial de revitaliser le multilatéralisme, afin de mener à bien des projets tel que la mise en place d’un marché carbone commun à l’échelle internationale.

Enfin, sur le sujet du commerce international, l’ex-ministre de l’Environnement a pu s’opposer à une certaine doxa qui voudrait le présenter comme une pratique désuète dans un monde cherchant à atteindre la neutralité carbone. A contrario, Brice Lalonde estime que le commerce peut être écologique. « On a absolument besoin du commerce. Le commerce peut être un allié très puissant de l’environnement », a-t-il affirmé. Pour ce faire, les règles commerciales ne doivent plus seulement se concentrer sur les produits finis, mais également sur les normes de production (i.e. la régulation des émissions de gaz à effet de serre liées à la production). De ce point de vue, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), a encore toute sa place dans le monde de demain. L’OMC a d’ailleurs déjà accepté la primauté du droit de l’environnement lors de cas préalables, lorsque ce droit est entériné par des accords internationaux. Dans le futur, les Etats pourraient ainsi théoriquement se prévaloir d’accords écologiques internationaux imposant des normes de production afin de bloquer les importations de pays les enfreignant.

Brice Lalonde était l’un des principaux intervenants du forum du Bridge Tank portant sur la coopération UE-Chine post-Covid-19. Il a participé à un panel intitulé « Développement vert ou civilisation écologique ? » qui était modéré par Wen Cui-Pottier, ancienne journaliste du Shangai Media Group. Ce forum a eu lieu au Palais Brongniart à Paris le 15 octobre 2020.Les autres intervenants de cette session étaient Nicolas Imbert, Directeur Exécutif de Green Cross France & Territoires et deux membres du Conseil d’Orientation du Bridge Tank : Guillaume Henry, président de l’Association pour l’analyse écologique du droit, et Zhao Wei, chercheur à l’Université Sun Yatsen.

Le ministre Edmond Alphandéry échange avec les experts du Bridge Tank à propos de la tarification du carbone

Edmond Alphandéry, ancien ministre français de l’Economie et Président de la Task Force sur le prix du carbone, a longuement étayé sa vision de la place et de l’importance de la tarification du carbone dans la transition écologique, ainsi que le caractère incontournable de cette mesure afin de mener à bien les objectifs de neutralité carbone, dans le cadre de l’accord de Paris.

La tarification du carbone : un outil incontournable de la transition écologique

Edmond Alphandéry a d’abord tenu à rappeler l’ampleur de l’enjeu posé par le réchauffement climatique et la complexité des problématiques qui se posent pour y répondre : sachant que nous émettons 40 milliards de tonnes de CO2 chaque année, a-t-il expliqué, si nous postulons raisonnablement que le prix de la tonne de CO2 doit être de l’ordre de 100 euros (selon les principales évaluations), alors une tarification du carbone aurait un coût de 4000 milliards d’euros chaque année, soit le Produit National Brut (PNB) allemand.

Dans ce cadre, l’ancien ministre perçoit la tarification du carbone comme centrale à la lutte contre le réchauffement climatique. Son explication est simple : lorsque le carbone à un prix, l’ensemble des agents économiques (ménages, entreprises, Etat) sont incités à réduire leurs émissions, voire à les arrêter ou à trouver des alternatives, ce afin de diminuer leurs dépenses.
L’intervenant a précisé qu’il existe deux solutions applicables et appliquées actuellement afin de donner un prix au carbone.
La taxe carbone d’abord, qui est simple, efficace, mais politiquement difficile à mettre en place et dont l’ajustement est complexe.
L’instauration d’un marché du carbone, ensuite, où des permis d’émissions sont émis en fonction du volume d’émissions total souhaité. Les permis sont achetés par les acteurs du marché au prorata de ce qu’ils émettent, et leur prix est défini par l’offre et la demande.
Selon le président de la Task Force sur le prix du carbone, le marché carbone a pour avantage tautologique d’être un marché, et donc d’inciter à l’innovation ainsi qu’à l’adoption de comportement vertueux par les agents afin de revendre leurs permis (voir l’exemple de Tesla aux Etats-Unis). Il a néanmoins pour défaut de se caractériser par une forte volatilité du prix du carbone.
C’est cette dernière raison qui a incité l’ancien ministre à présider la Task Force sur le prix du carbone afin de promouvoir auprès des décideurs un ciblage du prix du carbone et non plus des volumes, comme il est fait actuellement. Sur le marché carbone européen par exemple, il affirme que cela permettrait de donner une stabilité à un prix du carbone qui s’était par exemple effondré lors de la crise des subprimes, et également de gagner en lisibilité.

Face aux enjeux climatiques, la Chine doit se saisir de l’outil de tarification du carbone

Edmond Alphandéry a ensuite évoqué la place de la Chine, qu’il juge incontournable, autour de ces sujets. Les émissions du pays sont effectivement supérieures à celles des Etats-Unis et de l’Europe réunis. A ce titre, il a tenu à rappeler que le gouvernement chinois est conscient des enjeux à l’oeuvre et a déjà promu un certain nombre de mesures de transition écologique. Une tarification du carbone y existe par exemple, avec un prix qui reste toutefois largement insuffisant et qui se limite au domaine de l’énergie.
L’ex-ministre a en sus fait part de l’existence, de son point de vue, d’une réelle volonté chinoise de mener à bien des réformes. Il a plus particulièrement salué les initiatives et les discussions qui ont lieu entre différentes personnalités européennes et chinoises, discussions auxquelles il a lui même pris part, afin de défendre une convergence des prix du carbone des deux puissances.
Pour Edmond Alphandéry, si une telle réforme était promue, cela ne serait pas moins qu’une révolution dans la lutte contre le réchauffement climatique.

En guise de conclusion, le panéliste a soumis une proposition aux autorités chinoises, dans le cadre de leur grand programme stratégique qu’est la BRI. Le gouvernement multipliant les investissements énergétiques, notamment dans les centrales thermiques, Edmond Alphandéry jugerait pertinent et efficace d’introduire un prix interne du carbone dans les entreprises et les industries financées par les fonds chinois. Cela simulerait une tarification du carbone et inciterait donc à la décarbonation, tout en envoyant un message fort à l’international en soulignant l’importance réelle que la Chine accorde à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Edmond Alphandéry s’est dit prêt à supporter immédiatement une telle initiative.

Edmond Alphandery était l’un des principaux intervenants du forum du Bridge Tank portant sur la coopération UE-Chine post-Covid-19. Il a participé à un panel modéré par Philippe Coste, ancien ambassadeur français, portant sur le verdissement des investissements dans l’Union Européenne (UE) et en Chine, et s’intéressant aux enjeux de la Belt & Road Initiative (BRI). Le forum a eu lieu au Palais Brongniart à Paris le 15 octobre 2020.  Les autres intervenants de cette session étaient d’autre part Pierre-Noël Giraud, professeur d’économie à l’Ecole des mines de Paris, Djellil Bouzidi, membre de la Haute Autorité de la Statistique et du Conseil d’Orientation du Bridge Tank, et Song Luzheng de l’Université de Fudan.

Échange sur le rôle de la culture dans les relations internationales entre Irina Bokova, ancienne directrice générale de l’UNESCO, et les experts du Bridge Tank

Première femme élue à la direction générale de l’UNESCO, ministre des Affaires Étrangères en Bulgarie en 1996, et ancienne ambassadrice de Bulgarie en France, Irina BOKOVA est une femme politique passionnée et polyvalente, qui partage avec le Bridge Tank les valeurs d’ouverture et de dialogue. Au cours de sa carrière, elle s’engage dans les efforts internationaux en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, de l’éducation pour tous et de l’accès à la culture. Parmi ses nombreux domaines d’action, la coopération scientifique pour le développement durable lui tient particulièrement à cœur. Elle a également plaidé pour l’adhésion de la Bulgarie à l’UE et à l’OTAN, et continue de militer pour l’intégration européenne en promouvant les valeurs de diversité et de respect des droits de l’Homme.

Irina Bokova, membre du Conseil d’orientation du Bridge Tank et co-organisatrice du Forum de coopération UE-Chine

Dès la session d’ouverture, l’ancienne directrice générale de l’UNESCO a rappelé que la coopération sino-européenne devait prendre en compte un aspect humain et culturel, à l’image des Objectifs du Développement Durable de l’Agenda 2030, qui permettra un rapprochement constructif dans les domaines économiques, politiques, sécuritaires, environnementaux.

Elle a donné une dimension plus « onusienne » aux débats, pour mener une réflexion sur le multilatéralisme, le globalisme et le climat, dont la Chine et l’UE sont des acteurs incontournables. Le dialogue entre ces deux puissances est donc essentiel pour construire un monde post-covid plus inclusif, durable et multilatéral et pour réformer le système multilatéral aujourd’hui affaibli, comme elle le rappellera d’ailleurs à l’occasion Forum du 21 janvier 2021. Irina Bokova a insisté sur la place grandissante de la Chine dans cet ouvrage : elle a rappelé les engagements de neutralité carbone du président Xi Jinping à l’horizon 2060, la place centrale de la Chine dans la reprise de l’activité mondiale, ainsi que le rôle de Pékin dans l’intégration de la culture et de la science à l’Agenda 2030 des Nations Unies. 

Quels échanges humains post-covid ?

Irina Bokova a fédéré les débats autour de la question des échanges humains, qu’ils soient culturels, éducatifs ou scientifiques dans l’élaboration d’une vision du futur. Ce thème essentiel doit s’inscrire dans le débat plus large sur les questions géopolitiques et des transitions écologiques. L’ancienne ministre des Affaires Étrangères a affirmé qu’il existe une convergence dans la réflexion sur ce volet de coopération entre l’UE et la Chine qui sont deux grandes puissances culturelles. Il s’agit donc d’un aspect incontournable du débat d’actualité sur le recentrage des relations sino-européenne, d’autant plus crucial que la Chine a largement investi dans les domaines patrimoniaux, culturels et identitaires ces dernières années.

En effet, Xi Jinping a fait revivre un grand projet de l’UNESCO, la route de la soie, en conférant une véritable importance aux enjeux patrimoniaux, culturels et identitaire. Les nouvelles Routes de la soie, au-delà des flux commerciaux, doivent jouer un rôle dans l’édification de ponts interculturels. De plus, la Chine figure aujourd’hui au premier rang sur la liste du patrimoine mondial à l’UNESCO. Ce secteur fait partie intégrante de son économie, démontrant au monde que la culture et ses industries peuvent représenter un poids non-négligeable dans la croissance et dans les échanges d’un pays.

La digitalisation des échanges culturels 

Irina Bokova s’est appesantie sur la place et les dangers du digital dans la promotion de la culture. Par sa capacité à créer des ponts entre les sociétés, il présente un potentiel énorme, à tel point que les Nations Unies vont bientôt adopter un dispositif érigeant l’accès au digital en un droit humain. Toutefois, elle a alerté sur les risques liés à la technologie : celle-ci tend à uniformiser et gommer la diversité et menace de fragmenter les sociétés en créant dans les communautés l’isolement et l’aliénation. 

À condition donc de s’inscrire dans une démarche éthique au service de l’humanité, les technologies demeurent un espace de créativité extraordinaire et une plate-forme de connexion inégalée, permettant de relier les musées au numérique en attisant la curiosité sur des projets culturels. L’ancienne directrice de l’UNESCO a conclu qu’une nation ne s’éveille jamais sans curiosité pour sa culture, chose qu’a bien compris la Chine quand elle a achevé en sept ans la construction de 5000 musées, et pour la culture de l’autre, pilier de toute coopération et rempart contre l’intolérance.

Irina Bokova est membre du Conseil d’orientation du Bridge Tank, qui se fait régulièrement le relais de ses réflexions et de son expertise. Elle a notamment co-organisé et ouvert le Forum de Coopération UE-Chine post-Covid aux côtés de Joël Ruet, président du Bridge Tank et Sylvie Bermann, ambassadeure de France en Chine.

Ce Forum « hybride » a réuni le 15 octobre 2020 quatre anciens ministres, cinq anciens ambassadeurs et une trentaine d’experts au Palais Brongiart à Paris, ainsi qu’une centaine d’inscrits sur trois continents, pour partager des échanges nourris, informés et précis sur des questions économiques, industrielles, de société et de culture sur la relation UE-Chine. 

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