Catégorie : Actualités

Issue Brief – Conflit sino-occidental, analyse et propositions

Par le Général (2s) Éric de la Maisonneuve.

Le tour qu’ont pris les relations sino-américaines en mars 2021 dénote une inquiétante dégradation. Les analyses que font les deux protagonistes de leurs rapports de forces sont en décalage autant sur le plan temporel que spatial.

Lire la note d’analyse:

La coordination entre l’Europe, l’Inde et la COP26 est un grand levier d’engagement climatique

Le ministre Prabhu, membre de notre Conseil d’orientation et sherpa de l’Inde au G20, a discuté des questions de soutenabilité avec le président de la COP26 et le commissaire européen Timmermans, chargé du “green deal”. La coordination entre l’UE, l’Inde et la COP26 est l’un des grands leviers d’engagements ambitieux et crédibles en matière de climat.

UE-Chine : Pour un rapport de force constructif – quels enjeux autour du pré-accord de principe sur l’Investissement?

Par Philippe Coste, Pierre-Noël Giraud, Stéphane Gompertz, Henri de Grossouvre, Fatima Hadj, Brice Lalonde, François Loos, François Quentin, Joël Ruet, Raphaël Schoentgen, Alex Wang, avec Clarisse Comte et Claire Thomas.

Au terme de sept années de négociations, l’Union Européenne et la Chine sont parvenues à un accord d’investissement le 30 décembre 2020. Alors que Pékin souhaite y voir la promotion d’un « haut degré d’ouverture », l’UE aspire à travers ce traité à établir une « égalité des conditions de marché ».

Pour mener à bien ce projet, il reste à trouver un équilibre entre les intérêts stratégiques propres à chacun et les objectifs communs sur lesquels s’entendre… et à trouver des pistes pour agir concrètement.

Retrouvez la note d’analyse :

  • Ce traité prévoit l’intensification des relations économiques et commerciales entre l’UE et la Chine. Il garantit aux investisseurs de l’UE un plus large accès à la Chine et contribue aussi à la mise en place de conditions de concurrence plus équilibrées.
  • Des pistes de collaborations sont ici proposées, dans le domaine politique (place de la Chine dans les organisations internationales, polygouvernance), juridique (normes internationales, ESG), industriel (mobilité, décarbonation, rôle des PMEs), économique, environnemental, scientifique, technologique (transition énergétique, capture du carbone, hydrogène, nucléaire, nouvelles énergies), financier (introduction coordonnée de prix du carbone) et culturel.
  • Il s’agit pour l’UE de faire valoir avant tout et de manière coordonnée avec les pays membres ses intérêts stratégiques lors du processus de ratification.

Il faut traiter sérieusement les enjeux de long terme de la souveraineté technologique, de la compétition entre blocs, toutes causes possibles de « stop and go » dans les relations bilatérales.

Malgré les freins identifiés, le maintien d’un dialogue ouvert mais précis entre l’UE et la Chine est essentiel. L’Union Européenne doit continuer sa mue et faire respecter sa montée en puissance diplomatique tant en interne de l’UE que dans sa relation à la Chine : au-delà des relations d’État à État, c’est à l’UE en tant que communauté de négocier les termes d’une nouvelle relation bilatérale avec la Chine. C’est par cette voie qu’elle confirmera son statut de « puissance d’équilibre ».

L’Organisation pour la Mise en Valeur du bassin du fleuve Sénégal (OMVS) sera candidate au prix Nobel de la paix

Le 12 mars 2021, à Kayes, au Mali, Hamed Semega, membre du Conseil d’orientation du Bridge Tank, a annoncé que l’Organisation pour la Mise en Valeur du bassin du fleuve Sénégal (OMVS) sera candidate au prix Nobel de la paix. L’OMVS, une organisation internationale regroupant la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, célèbre aujourd’hui son 49ème anniversaire. A l’approche de son 50ème anniversaire, et avant le prochain Forum Mondial de l’Eau, les 4 Etats réalisent que l’OMVS a été un facteur de paix, de stabilité et de développement dans la région. Tout comme le GIEC a reçu le prix pour son rôle dans l’atténuation du changement climatique, nous espérons que l’OMVS reçoive le prix en récompense des énormes efforts d’adaptation au climat qu’elle réalise, en plus de la paix.

Sénégal : La crise politique qui secoue le pays

Trois de nos membres fondateurs du Sénégal se sont mobilisés dans les médias internationaux et nationaux pendant la période d’agitation que le pays a connue ; Aissata Tall-Sall, Ministre des Affaires étrangères, Elhaj Kasse, Conseiller spécial du Président et Mamadou Lamine Diallo, membre de l’Assemblée nationale et un des leaders de l’opposition démocratique.

Signature de l’accord d’investissement entre l’UE et la Chine

L’ambassadrice Sylvie Bermann et notre président Joel Ruet ont échangé à la télévision chinoise sur l’accord d’investissement entre l’UE et la Chine. Ils ont noté que l’accord conclut non seulement 7 ans de négociations mais aussi l’émergence de part et d’autre de visions divergentes du monde. Si de nombreuses questions restent à régler, l’ambassadeur Bermann a rappelé que l’accord répond aux questions posées par l’UE et suit une approche européenne de l’économie.

An II du covid: Quelles leçons en Europe ?

Quelles leçons de politique publique et d’adhésion nationale à l’aube de l’An II du covid en Europe ?

Le 9 mars 2020 le président du Conseil italien signifiait l’extension à tout le territoire national des mesures de confinement prises en Vénétie-Lombardie. L’Europe allait petit à petit basculer dans une année d’atermoiements sur la gestion de sa santé publique. Qu’avons-nous appris de cet An I du covid ?  Sur le plan génétique de nombreuses choses puisque les variants sont aujourd’hui séquencés avec une vitesse inouïe, sur le plan médical et notamment vaccinal la science est là encore à l’honneur, mais il semble que sur le plan sociétal l’apprentissage soit mince. En effet, chaque phase aura vu des atermoiements des pouvoirs publics européens, qui auront fini par rencontrer leur ombre double : la défiance voire le clivage des sociétés.

Comment gérer collectivement ce qui est un « mal public », c’est-à-dire un mal dont tout le monde souffre potentiellement à terme dans la mensure où une même une minorité en souffre, que cette minorité soit victime d’atermoiements de la puissance publique, ou cause de sa propre insouciance ou défiance ? L’enjeu n’est alors pas de stigmatiser mais de comprendre la dimension collective d’un mal public. On se souvient peut-être, aux États-Unis, du fameux « nous avons bu notre jeunesse »  du prix Nobel d’économie Paul Krugman, qui a voulu voir dans le lobby de l’ouverture des bars –par les baby boomers- la source d’une flambée pandémique source du chômage des jeunes ; l’Europe a vu la narration inverse : les fêtes de jeunes de l’été auraient fait le lit de la seconde vague de l’automne.

Plutôt que de considérer les oppositions de forces en présence à chaque débat pris à part : confinement ou pas, masques et tests ou pas, vaccin ou pas ou même plus sobrement, les débats plus instruits sut les modalités de chaque stratégie, il est peut-être plus fertile de considérer l’avant et l’après de ces débats, et de considérer, qu’avec le recul, une certaine modestie s’impose, source possible d’un peu plus de cohésion sociale et gouvernementale.

Revue de détail. Alors que l’outil du confinement est connu depuis le Moyen-Age dans la gestion des épidémies, son utilisation par le pouvoir chinois avait d’abord choqué, la construction d’un hôpital d’urgence -hôpital de campagne  bien connu des armées européennes depuis des siècles mais simplement ici avec des moyens BTP à la dimension chinoise- avait même fait évoquer une « geste maoïste » (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/11/chloe-froissart-le-coronavirus-revele-la-matrice-totalitaire-du-regime-chinois_6029132_3232.html). Rétrospectivement, des hôpitaux de campagnes furent construits dans divers pays d’Europe, la France en premier plan, avec leur corollaire des évacuations de malades, autre figure de front guerrier, indépendamment des régimes politiques. Ce qui est source de plus d’enseignements encore, voire de modestie, se joue au niveau infra-européen et dans le temps. En Europe les temps de réponse après la déclaration par la Chine de sa situation épidémique, mesures quant à des restrictions de voyage –ou simplement des mesures de température aux frontières- par exemple, ont connu une variation bien plus large que le délai écoulé entre l’émergence supposée de l’épidémie et son annonce. Quant l’Italie a annoncé son confinement, de une à deux semaines précieuses on été « perdues » entre divers pays européens du moins si l’on mesure, à caractéristiques nationales données, les temps de doublement de l’épidémie (https://thebridgetank.org/2020/04/15/flattening-the-curve-a-pan-european-comparative-analysis-of-the-covid-19-outbreak-2/). Mais ce qui frappe plus encore est, rétrospectivement, et en tenant compte du fait que lors des deuxième et troisième vague les réponses européennes aient été encore plus nettement différenciées d’un pays à l’autre en terme de mesures pratiques des confinements ou couvre-feux, que des mesures parfois plus strictes (par exemple en Allemagne par rapport à la France), n’aient plus eu au fond de meilleurs résultats ?

Sans doute est-ce qu’entre temps le champ des variables de la décision publique s’était considérablement élargi, rendant difficiles les comparaisons : schématiquement, d’un scénario croisant date de confinement et approche binaire sur les masques (souvent avec ‘pas de masques’), à une approche un an plus tard combinant degré de distanciation publique imposée par les pouvoirs publics (au-delà d’un confinement binaire, les couvre feux, le télétravail, la fermeture sélective de sites etc.), des inégalités face à l’accès au masque et à sa pratique en dépit d’une apparence de quasi-généralisation, des stratégies de tests  partout différentes et sans cesse changeantes. Surtout, en face des réponses publiques variables au sein de l’Europe, multiformes quant aux outils et changeantes dans le temps, la réponse populaire a sans doute présenté les mêmes caractéristiques, allant de l’impossible à mesurer –comment calibrer la réalité des ‘gestes barrières’ d’un individu à un autre- jusqu’aux débats clivants –cf la radicalisation du mouvement anti-masques en Allemagne qui n’aura eu d’équivalent dans l’OCDE qu’aux États-Unis (https://www.lesechos.fr/monde/europe/coronavirus-les-anti-masques-defilent-de-nouveau-a-berlin-1237672). Tout cela, lu rétrospectivement, montre que les débats les plus féroces ont au final résulté sur des résultats relativement peu discriminés, en tout cas difficilement reliables à des mécanismes clairs par aucune statistique robuste. Ceci ne doit nullement justifier du cynisme mais peut être appeler à une certaine dose de modestie… et clairement mettre ne selle la solution des solutions : la vaccination.

Au terme de cet « An I du covid » en Europe, que conclure de tout cela sur la question non seulement du moment, mais en réalité sur la question de sortie de cette pandémie : le vaccin ?

D’abord ne pas s’étonner qu’à nouveau les débats les plus farouches se déchainent, puisque telle semble être la culture européenne, et ce d’autant plus  que les rancoeurs et aigreurs des débats précédents ont pu s’accumuler à rebours du recul de bon sens ici prêché, et enfin, de n’être as surpris par leur violence redoublée dans un contexte d’enjeux économiques autrement plus importants sur les vaccins que, disons, sur les masques. Ces attaques ont culminé en janvier dernier avec la controverse sur les  documents volés à l’agence européenne du médicament (https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/16/vaccins-ce-que-disent-les-documents-voles-a-l-agence-europeenne-des-medicaments_6066502_3244.html ). L’enjeu médical, économique également bien sûr, portait sur des délais de certification des vaccins. Il est saisissant de voir que les mêmes accusations duales (trop tôt / trop tard) du confinement se sont répétées sur les rythmes d’homologation des vaccins… puis sur les rythmes des campagnes vaccinales elles-mêmes.

Aujourd’hui, et alors que d’un pays européen à l’autre on constate une dispersion statistique sur les délais de campagnes vaccinales supérieure aux constantes de temps qui avaient agité les spécialistes, alors que, fort heureusement, la plupart des modèles inquiétants sur le rôle délétère des variants s’avèrent contredits pour le moment, peut-être devrait-on tirer des questions de politique publique précédentes un peu de sérénité.

Et sans doute cette sérénité serait-elle plus à même de gagner à la confiance publique des franges croissantes de la population qui aujourd’hui veulent douter face aux vaccins.

Si les pays européens se stigmatisent moins, si les rivalités politiques instrumentalisaient moins l’épidémie, alors peut-être l’Europe pourrait-elle donner au monde une image plus nette de ce que, malgré tout, elle as su construire au fil de l’épidémie, une certaine coordination, et une coordination qui en outre prend de moins en moins de temps à chaque étape de décision.

UE-Chine : quelles visions d’un futur en commun, quels dissensus, quels critères ?

Dans la foulée de l’accord de principe UE-Chine sur l’investissement le 30 décembre 2020, cette rencontre « en nuage » le 21 janvier 2021 entre praticiens des négociations et de la sphère économique, qui avaient déjà débattu dans des travaux préparatoires le 15 octobre 2020, livre des objectifs, des critères, des outils pour la définition d’une relation bilatérale UE-Chine renouvelée.

Les intervenant.e.s en étaient : 

LU Shaye, Ambassadeur de Chine en France,

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier Ministre, 

Irina Bokova, ancienne Directrice générale de l’UNESCO et Board Member, The Bridge Tank,

François Loos, ancien Ministre de l’industrie et ancien Ministre délégué au commerce extérieur,

Sylvie Bermann, ancienne Ambassadeure de France en Chine 

Stéphane Gompertz, ancien directeur d’Afrique, Quai d’Orsay et Board Member, The Bridge Tank,

Fatima Hadj, Membre de la Communauté Goalkeeper, Bill & Melinda Gates Foundation, 

François Quentin, ancien Directeur Général Adjoint, Thalès, et ancien Président du Conseil d’Administration de Huawei France,

La session était animée par Joël Ruet, président, The Bridge Tank.

Accédez au replay sur notre chaîne YouTube

Revue de détail ci-dessous (entre parenthèses le minutage des temps forts des interventions, accessibles sur le replay YouTube). 

1 – Sur les « cercles » de la coopération bilatérale UE-Chine : divergences politiques, intérêts économiques communs, indépendance dans l’inter-dépendance multi-latérale

Lu SHAYE (9’54) dans son intervention introductive a très amplement commenté la situation géopolitique, les raisons nombreuses d’une coopération UE-Chine, puis s’est penché sur l’accord d’investissement Chine-UE. Abordant frontalement un contexte évidemment aujourd’hui très débattu sur la Chine, il a notamment problématisé ce dernier accord dans une perspective où des « courants atlantistes » craindraient qu’il ne « compromette l’alliance transatlantique, (indiquant qu’) ils appellent à une meilleure coordination entre l’Europe et les Etats-Unis et à attendre l’arrivée au pouvoir de l’administration Biden pour affronter ensemble la Chine, sans quoi, selon eux, « en cas de conflit, l’UE sera seule face à la Chine ». Cette idée de se joindre aux Etats-Unis contre la Chine est extrêmement myope. En Europe, les milieux politique, intellectuel et les principaux médias ont tous un sens aigu de l’autonomie stratégique, le président Macron et la chancelière Merkel y sont très attachés, ce que je partage entièrement. » 

Le Premier Ministre Jean-Pierre RAFFARIN (47’14) a plaidé l’autonomie stratégique de l’Europedans un contexte de bipolarisation du monde : « l’Europe n’a pas envie d’être la balle de ping-pong qui reçoit des coups de raquette un jour des États-Unis et le lendemain de la Chine ». C’est pourquoi elle « a besoin de renforcer son ambition d’autonomie stratégique. L’Europe doit avoir une propre stratégie qui lui permet de défendre sa propre orientation et sa propre autonomie stratégique. L’Europe va vers une défense de sa propre souveraineté. Il est clair que l’Europe reste une alliée des US, coopère avec la Chine, mais l’Europe ne veut pas être alignée. Nous avons bien compris que notre liberté dépendait de notre indépendance. » (55’58) Pour autant, l’Europe veut parler à tout le monde en tant que partenaire de l’équilibre mondial. Dans un contexte de rivalités sino-américaines, il rappelle que le multilatéralisme nécessite que, dans les désaccords, la discussion reste possible entre les acteurs : « Il est hors de question de se laisser imposer une rupture de dialogue par un partenaire international qui exigerait de nous le silence ». (1’11’25)

L’Ambassadeure Sylvie BERMANN (1’47’55) abonde dans ce sens : « la relation entre les États-Unis et la Chine sera déterminante dans les années qui viennent. Pour autant, ça ne doit pas être un G2, ce n’est l’intérêt de personne. Le triangle constitué avec l’Union européenne sera également essentiel. » D’autant plus que la force européenne n’est pas à sous-estimer : l’Union européenne reste le plus grand marché du monde, ce que n’ignorent ni les États-Unis ni la Chine.

L’Ambassadeure Sylvie BERMANN explique que les quatre ans de présidence TRUMP ont changé la donne. Il y a une méfiance maintenant dans les sociétés occidentales par rapport aux États-Unis. L’autonomie stratégique de l’Union européenne, cette souveraineté de l’Union européenne est maintenant renforcée chez les gouvernants, mais également dans les opinions publiques. Vis-à-vis de la Chine, il y a davantage de méfiance dans l’opinion publique, que les gouvernements prennent en considération. A cet égard, les concessions qui ont été faites par la Chine sur la question du travail forcé dans l’accord sur l’investissement ont été appréciées. Cet accord qui est un accord de principe devrait être validé par le parlement européen qui, si on a entendu certaines voix divergentes, devrait néanmoins être adopté définitivement sous la présidence française de l’Union européenne en 2022. 

Au final, Jean-Pierre RAFFARIN propose 3 « cercles » schématiques (57’07) sur lesquels se fonde la coopération (ou non-coopération) entre Europe et Chine, auxquels souscrit Sylvie BERMANN 

–      Un cercle politiquequi témoigne des divergences entre l’Europe et la Chine. (54’14) –     « Ce cercle politique, il faut le regarder avec lucidité, mais avec le respect que se doivent des nations qui veulent se parler. »

–      Un cercle du marché: le marché chinois pour une entreprise européenne mondiale est un marché impératif, tout comme l’est le marché américain. Il explique qu’il n’est pas question de demander aux grandes entreprises européennes de choisir, et de renoncer à un de ces marchés« L’extraterritorialité imposée par les US est inacceptable. L’accès au marché chinois doit pouvoir être garanti dans le cadre d’un accord équilibré. Ce qui est permis chez l’un, doit être permis chez l’autre. Autant, sur les intérêts politiques, nous avons des divergences, autant sur les intérêts de marché, nous voyons bien que nous avons un intérêt commun à trouver un équilibre. » (1’01’33)

–      Un cercle de coopération internationale« Nous voyons bien que nous avons besoin de la Chine et la Chine, si elle ne veut pas être isolée, a besoin de l’UE » (1’01’55)

Le rôle des Etats-Unis est régulièrement revenu à l’origine du déséquilibre des relations multilatérales actuelles, une bonne synthèse étant apportée par l’industriel François QUENTIN (2’41’40) « La relation entre la Chine et les États-Unis est une relation ancienne, au départ très déséquilibrée, mais s’équilibrant progressivement. On voit d’ailleurs aujourd’hui les conséquences de ce rééquilibrage qui n’est pas toujours apprécié par les Américains. » (2’42’14)

S’il faut construire c’est plus que jamais dans un monde mouvant et donc des voies concrètes sont nécessaires ; elles ont été proposées par les intervenant.e.s.

2 – Axes de coopération concrète, intérêts et confiance

Jean-Pierre RAFFARIN, repris en cela par les autres intervenant.e.s qui ont chacun.e précisé tout ou partie de ces points, a posé que la coopération avec la Chine doit s’affirmer autour de 3 axes (1’07’51)

–      Un volet stratégiquesur les questions d’indépendance, de transport, d’énergie, de villes durables etc. (1’08’06) 

–      Un volet coopération avec les pays tiers, notamment avec l’Afrique. (1’08’06)

–      Un volet sur les routes de la Soie, avec notamment l’idée d’une route à double sens, ouverte, avec une approche climats-compatible. (1’08’40)

Irina BOKOVA, ancienne directrice de l’UNESCO (1’17’45) rajoute un 4èmeaxe en mettant en lumière le rôle important de l’UE et de la Chine pour réformer le système multilatéral aujourd’hui affaibli:

–      « La Chine et l’UE ont la responsabilité de coopérer et réformer le système onusien. »Avec notamment, autour de l’ONU, 3 sujets de coopération (1’20’50) : sur l’Agenda 2030« la Chine et l’UE doivent encourager les réflexions autour de la mise en oeuvre de l’agenda 2030, parce que les conséquences du Covid sont négatives », le lien entre Biodiversité et climatsur lequel « la Chine s’engage dans une dynamique plus positive »,  la coopération UN, Chine et UE en Afrique,elle-même sur 4 espaces : santé, sécurité alimentaire, transformation et transition écologique et création d’une zone de libre-échange très ambitieuse en Afrique.

Au-delà des intérêts, la notion de confiance dans la négociation de ces intérêts, est clairement apparue comme centrale :

Le Ministre François LOOS est revenu sur la méthode du volet stratégique, notamment via l’analyse des éléments du traité (Accord de principe sur l’investissement UE-Chine) qui peuvent « faire basculer la confiance que l’on peut donner à la Chine pour investir dans ce pays » (1’35’49)

–      « La transparence dans les subventions sera acquise : c’est dire qu’elle ne l’était pas ;

–      Le traité sera favorable aux services, mais ne mentionne que trop peu l’industrie ;

–      Le règlement des différends n’est pas prévu or ceci est essentiel. »

Pour François LOOS (1’32’40), conserver et renforcer la confiance sur le long termepasse par le respect mutuel et la construction des indépendances : « L’indépendance nous a été rappelée par le Covid. Dans ce contexte nos politiques se construisent, avec des champions nationaux qui feront en sorte que la non-dépendancesoit acquise » (1’41’15)

« Sur cette non-dépendance, la Chine et l’UE partagent des questionnements en commun : énergie, alimentaire, matière première et certaines technologies ». L’UE doit construire ses champions industriels, telle le fait la Chine. (1’41’52)

Cette position bâtie sur des intérêts bien compris, de l’avis des intervenant.e.s, peut oeuvrer au multilatéralisme:

D’abord elle est argumentable. Pour Sylvie BERMANN (1’53’59)un certain nombre d’accusations de naïveté ou de critiques sur  un accord qui aurait été adopté dans la précipitation ne tiennent pas : « les négociations sont en cours depuis sept ans. D’autre part, il répond à des demandes formulées par l’Union européenne. Chaque année, il y avait un rapport de la chambre de commerce européenne à Pékin qui demandait à la Chine un certain nombre d’améliorations. Ces améliorations sont intervenues. » 

Stéphane GOMPERTZ (2’01’11) propose au-delà de l’accord, une action conjointe de la Chine et de l’UE en Afriqueen trois points :

–      Sécurité et politique : Dans un esprit de respect, il est possible de coopérer. pour essayer d’œuvrer à la stabilité, notamment à des groupes internationaux de contact regroupant un certain nombre de pays, les Nations Unies, l’Union africaine, les commissions régionales africaines… (2’01’50)

–      Le développement projets conjoints et investissements conjoints:l’appui aux petites et moyennes entreprises est vital, passer de l’informel au formel en se dotant simultanément de la capacité de développement, et des normes non économiques, non commerciales, non techniques. (2’05’48)

–      Le traitement de la dettela Chine devrait poursuivre sur la voie qu’elle a amorcée et se joindre de plus en plus aux initiatives du G20 pour traiter la dette de façon vraiment multilatérale. (2’14’15)

Cette approche renvoie à l’utile formule de François LOOS : « Le véritable multilatéralisme serait d’arriver à s’entendre sur des visions du futur ». (1’39’10)

3 – La question des normes économiques

François LOOS a introduit également la question des normes : « Les normes et les régulations sont nécessaires faire exister les visions du futur de façon collective. Sur cette branche de l’économie moderne, de l’investissement, il faut travailler ensemble et si possible avec les États-Unis, pour que les questions d’environnement, les questions d’énergie, les questions de matières premières, les questions d’alimentation aient un horizon compréhensible et partageable par nos collègues des autres pays européens et des États-Unis et de la Chine. » (1’39’30)

La praticienne des critères extra-financiersFatima HADJ (2’21’56) a décliné ce point sur les normes ESG  en rappelant que « Les critères ESG sont la transcription dans le domaine financier des objectifs du développement durable » (2’25’08), en offrant « des axes de coopération précis. L’exemple de la taxonomieen est un, notamment en mettant en place des initiatives de coordination des critères ESG entre la Chine, l’UE et les US pour permettre d’avoir un langage commun. » (2’33’25). Aussi, Fatima HADJ suggère de mettre en place des comités, des commissions, des initiatives de coordination des critères ESG entre l’Europe, la Chine et les États-Unis.

François QUENTIN dans le même sens a mentionné que « la Chine et l’UE ont un problème de compréhension mutuelle sérieux, un problème de compréhension de fond», (2’45’38) y compris dans le fonctionnement des entreprises. Par exemple, il y a encore peu de gens en Europe qui comprennent ce que recouvre la notion de contrat en Chine – notion déjà complètement différentes aux US et dans le monde anglo-saxon ». Il évoque également un mépris mutuel qui s’est installé dans les relations entre les Etats-Unis et la Chine au point d’entraver un dialogue constructif. En effet, beaucoup d’entreprises américaines et chinoises étaient dans l’univers infondé de la méconnaissance ou de la condescendance. (2’44”39). Cependant une « base de jeunes qui grandit tous les jours (va) avoir une approche différente dans les relations économiques et sauront comment interpréter des actes profonds de prise de décision, de contractualisation ou de réponse managériale dans les entreprises à des situations qui ne sont pas toujours facile à résoudre pour un étranger au sens complet du terme. » et que « Le travail à mener dans les années à venir : mettre en place des actes concrets à la portée des entreprises et des gens qui travaillent ensemble ». (2’50’20)

A retenir

Si les relations internationales passent par les intérêts, la construction concrète de ces intérêts nécessite d’établir la confiance, et il a été rappelé quecela passe par le respect qui, sur le terrain, n’a pas toujours été au rendez-vous et ce dans chaque sens. A cette condition, des désaccords de système peuvent être actés, des intérêts potentiels véritablement construits, une implication mutuelle dans le multilatéralisme trouver son sens. En filigrane, ce qui est vrai de la relation bilatérale UE-Chine n’est pas si différent avec les Etats-Unis ; quand Jean-Pierre RAFFARIN, citant DE GAULLE sur la France, disait que l’UE veut être ce pays qui « parle à tout le monde » (1’11’24)

Enjeux et Options pour la transition économique et écologique en Inde

Joël Ruet est intervenu aux côtés d'Anita Gupta du gouvernement de l'Inde et d'Isabelle Joumard de l'OCDE au colloque de l'AVRIST sur l'innovation en Inde.
Il a notamment insisté sur le points suivants:
- Les transitions écologiques et énergétiques sont au moins aussi ascendantes, motivées par les acteurs, qu'elles sont descendantes et poussées par l'État.
- Les cycles d'innovation, y compris l'adoption et la massification, y jouent un rôle déterminant mais sous-analysé.
- Les transitions impliquent la création à long terme de tout un écosystème, auquel plusieurs pays (Chine, Brésil, UE ou US…) montrent que les programmes scientifiques en amont et la continuité sont un facteur déterminant… L'Inde à mi-chemin.
- Des "options" peuvent être récupérées à ce sujet, cependant: e-marché, e-santé, faire progresser les énergies renouvelables, de l'innovation frugale à des intrants moindres, économie circulaire, agriculture localisée, cofinancement de startups, cofinancement de la recherche et ... l'IA sur les langues - pas seulement des centres de R&D pour la chaîne de valeur, mais l'innovation pour l'Inde
Thème : Overlay par Kaira.
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