Catégorie : Nouvelles Energies

Rapport The Bridge Tank – Enchères pour les énergies renouvelables au Kazakhstan – expérience tirée du Brésil, d’Afrique du Sud, Turquie, Inde et Allemagne

Dans un contexte de transformation de nos systèmes économiques et énergétiques, les systèmes de vente aux enchères d’énergies renouvelables ont contribué d’une certaine manière à stimuler le secteur des énergies renouvelables au cours des dernières décennies. Cela est principalement dû à la baisse des coûts des technologies nouvelles, utiles pour les pays émergents en manque de moyens d’investissement, mais aussi à l’implémentation politique de ce mécanisme d’enchères en devenant un instrument modèle pour les énergies propres.

Pour comprendre les systèmes et les mécanismes d’enchères des énergies renouvelables, nous avons développé une analyse comparative entre le Brésil, l’Afrique du Sud, la Turquie, l’Inde et l’Allemagne qui nous a permis d’élaborer une méthodologie de soutien au développement des enchères, particulièrement utile dans les pays en développement. Pour garantir sa pertinence, nous l’avons testée sur le cas du Kazakhstan.

Lire notre rapport (anglais) : Renewable energy auction_report_221121

Rapport spécial – au-delà de la COP26 & la COP15: finance, coalitions, hydrogène et économie bleue

Dans le cadre des négociations internationales sur le climat et la biodiversité (COP26 et COP15), The Bridge Tank a développé des analyses sur les sujets prioritaires mondiaux, dont ces conférences internationales sont considérées comme étant parmi les plus urgentes.

Ce rapport vise à contribuer à la discussion mondiale et diplomatique sur les défis des dérèglements climatiques et de la biodiversité. Grâce à une revue de littérature académique et scientifique approfondie, nous avons développé ce rapport de manière méthodique, prospectiviste, tout en mettant en avant des solutions autour du 4 chapitres :
Les deux premiers chapitres dégagent des positions et des éléments structurants et globaux aux questions liées à l’adaptation, la finance et la gouvernance tout en forçant l’action à différentes échelles. Les deux seconds chapitres développent des théories scientifiques, industrielles et techniques sur des sujets opérationnels.

Le premier chapitre aborde les mécanismes de la FINANCE D’ADAPTATION avec un focus spécifique sur la blended finance comme outil efficace pour financer les économies émergentes. Nos analyses nous permettent d’identifier différents outils pour le passage à l’échelle de l’action climatique.

Le deuxième chapitre traite de l’approche innovante des COALITIONS dans les négociations sur le changement climatique vers des coalitions ascendantes et régionales, en impliquant davantage des acteurs non Etatiques.

Le troisième chapitre se concentre sur la place que peut prendre l’HYDROGÈNE dans la transition énergétique en tant que vecteur énergétique à venir. Il souligne les dynamiques économiques et politiques spécifiques qui caractérisent les écosystèmes de l’hydrogène et met en avant les éventuels goulets d’étranglement qui pourraient entraver son expansion effective, notamment pour les industries dans les années à venir.

Le dernier chapitre porte sur la nécessité de travailler à la transition vers une ECONOMIE BLEUE dans les territoires côtiers du monde, avec un focus particulier sur l’Indo-Pacifique et le Golfe du Bengale. Ce chapitre souligne le fait que l’industrialisation des océans doit être limitée et que l’écosystème côtier et les chaînes de valeur de l’économie bleue doivent être mieux intégrées.

Coordination: Malaurie Le Bail et Joël Ruet

Rédaction: Baudouin Becker, Clarisse Comte, Florian Dommergues et Malaurie Le Bail

Relecture et graphisme: Jacqueline Duan

Lire notre rapport (version anglaise): Final report_climate change and biodiversity_TBT_Nov21

The Bridge Tank participe à l’édition 2021 du Summit of Minds

L’édition 2021 du forum Summit of Minds s’est tenue à Chamonix, du 17 au 19 septembre. Ce sommet a pour objectif de discuter des questions macroéconomiques et de réfléchir à un monde où le bien-être du capital naturel est essentiel (la nature en tant qu’actif productif). Dans un contexte où la crise climatique devient une préoccupation de plus en plus centrale, initiant de nombreuses discussions de haut niveau, le Summit of Minds a réuni des personnalités politiques, économiques, scientifiques, culturelles et du monde des affaires du monde entier, dont le président arménien Armen Sarkissian, pour débattre de ces sujets clés.

Joël Ruet, Président de The Bridge Tank, est intervenu sur le panel : Transition énergétique (2) – Comment investir ? consacré à aux tendances actuelles de la transition vers des émissions nettes de carbone zéro, ses opportunités et ses risques pour les entreprises. Animé par Nik Gowing, directeur associé de Thinking the Unthinkable, Royaume-Uni, le débat s’est articulé autour de trois questions essentielles : 

  1. Où va la « Smart Money »?
  2. L’engouement actuel pour l’ESG est-il durable ?
  3. Quels sont les actifs qui courent le risque de s’échouer ?

Au cours de son intervention, Joël Ruet a développé l’idée d’une absence de classes d’actifs clairs pour le financement de la transition énergétique, en soulignant les divers facteurs de risques impliqués par les incertitues inhérents à celle-ci, de la variance de rentabilité au manque de cohésion de certaines transitions nationales, en passant par la non-stabilisation des écosystèmes de l’hydrogène dans le monde. Joël Ruet a également souligné l’importance de différencier les mégatendances des méga-ambitions, affirmant qu’il n’existe pas d’énergie unique qui pourrait à elle seule résoudre les problèmes climatiques actuels.

Parmi les autres panélistes figuraient Martin Fraenkel, vice-président de S&P Global (Royaume-Uni), Eoin Murray, responsable des investissements de Federated Hermes International (Royaume-Uni), Franklin Servan-Shreiber, cofondateur et président de Transmutex (Suisse), ainsi que Mafalda Duarte, PDG de Climate Investment Funds (États-Unis). 

Notre board member, Pranjal Sharma, a également participé à cet évènement, en intervenant lors des panels: ‘AI & Democracy – Do We Have Anything to Fear?’ et ‘Tech – How Far will Innovation Go?’

Au cours du forum, Joël Ruet a également échangé avec Lord Adair Turner, président de l’Energy Transitions Commission, Royaume-Uni, sur la façon dont la COP26 pourrait transformer les systèmes de négociation pour les futures COP, en incitant les secteurs financiers publics à agir contre le changement climatique aux niveaux régional, national et international.

Regarder les interventions sur notre chaine de YouTube : 

Trajectoires de transitions énergétiques durables dans les grandes économies

Par Baudouin Becker, Antoine Goutaland, Xieshu Wang,  Joël Ruet, Laure Elise Wargnier and Malaurie Le Bail.

L’urgence écologique se traduit dorénavant par une forte pression sur les décideurs politiques pour qu’ils élaborent des politiques publiques organisant le passage du système présent basé sur les combustibles fossiles, qui n’est pas durable, à un nouveau système, dont les contours ne sont pas encore précisément connus pour le moment, mais dont l’ambition est de parvenir à atteindre la durabilité. Contrairement aux transitions énergétiques précédentes qui étaient réalisées par le bais d’investissements industriels, la décarbonation des économies nationales est cette fois directement conduite et orchestrée par les pouvoirs publics au travers d’incitations économiques, de restrictions et de lois. Les documents présentés ici sont l’application d’une méthodologies qui vise à évaluer la capacité des gouvernements à coordonner les acteurs et les systèmes clés afin d’atteindre leurs objectifs climatiques.

Ces études identifient des trajectoires, que nous comprenons comme une coordination de variables qui permettant à un système de rester équilibré tout en étant en mouvement. Une compréhension systémique de ces trajectoires est proposée, incluant à la fois les réponses majeures des politiques publiques aux enjeux climatiques et l’intégration possible des nouvelles technologies au sein du système existant, y compris une analyse des systèmes industriels et de leur capacité (ou incapacité) à relever ces défis.

Afin de comprendre les transitions énergétiques pour l’ensemble des  secteurs, nous avons développé une méthodologie détaillée et reproductible qui intègre pleinement le rôle et l’impact potentiel des acteurs (politiques et industriels). Cela nous a permis de comprendre les transitions énergétiques d’une manière originale, en nous affranchissant des écueils qui consistent à mener des études macroéconomiques cloisonnées ou des études énergétiques trop spécifiques, qui ne permettent dans aucun des cas de comprendre les enjeux énergétiques dans leur ensemble.

Dans les documents suivants, vous trouverez cette méthodologie appliquée et reproduite à plus de 20 économies à travers le monde.

Le rapport complet (en anglais) : Final Report – Energy trajectories in main markets

Focus spécifique (en anglais) : Specific focus – Energy trajectories in main markets

La fabrique de l’hydrogène – Définition et accélération d’une filière

Par Joël Ruet, Baudouin Becker, Antoine Goutaland and Xieshu Wang.

L’hydrogène est un sujet à la mode et les annonces de technologies innovantes dans ce domaine se sont ainsi multipliées au cours des deux derniers mois. En effet, il semble que l’hydrogène, en tant que vecteur énergétique similaire à l’électricité,  soit parvenu à s’imposer aux yeux de la plupart des décideurs politiques comme un outil indispensable pour assurer la transition vers des économies climatiquement neutres d’ici à la fin 2050. En effet, un certain nombre d’organes exécutifs ont publié des stratégies nationales en matière d’hydrogène au cours des 15 derniers mois, notamment l’UE, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et bien d’autres (même si, jusqu’à présent, ce sont surtout des Européens). 

            L’hydrogène n’est pas une molécule nouvelle et est connu et utilisé depuis des décennies. Actuellement, il est surtout utilisé comme composé industriel pour la production d’ammoniac, d’acier ou pour le raffinage du pétrole. Cependant, dans le contexte de la transition énergétique, il est surtout considéré comme un vecteur énergétique complémentaire à l’électricité. En effet, dans les “hard-to-abate sectors” (les secteurs difficiles à décarboner), c’est-à-dire les secteurs où l’électricité n’est pas une solution envisageable ou de manière insatisfaisante, l’hydrogène apparaît comme un substitut viable aux combustibles fossiles, par exemple dans le transport longue-distance ou la navigation, où le pétrole est difficile à remplacer. 

Ces deux documents donnent un aperçu des développements de l’hydrogène et de son importance croissante dans la transition énergétique, ainsi qu’une analyse prospective de ses perspectives d’évolution à l’horizon 2030. Ils identifient notamment une accélération inattendue du rythme de développement de la molécule. Les pays qui sont le plus susceptibles ou non de décarboniser leur production actuelle d’hydrogène sont également identifiés. Enfin, les documents fournissent un éclairage spécifique sur l’utilisation de l’hydrogène pour la mobilité et sur les écosystèmes de l’hydrogène.

Rapport principal (en anglais) : Main Report – The making of Hydrogen – Definition and acceleration of a sector over 2017-2021

Executive summary (en anglais) : Executive Summary – The making of Hydrogen – Definition and acceleration of a sector over 2017-2021

 

L’état des lieux des écosystèmes hydrogène dans le monde

Par Florian Dommergues et Joël Ruet

Rétrospectivement, 2021 pourrait bien s’avérer être l’année de rupture pour le départ de la transition écologique vers des sociétés climatiquement neutres. Avec l’élection de Joe Biden, qui a réintégré les Accord de Paris quelques heures après son entrée en fonction, la transition écologique a pris un nouvel élan.
Fin 2020, plus de 110 pays s’étaient engagés à atteindre la neutralité climatique d’ici le milieu du siècle, dont la Chine à l’horizon 2060. En sus, la pandémie de COVID-19 a induit une crise économique qui a nécessité le lancement de plans de relance à grande échelle par les pays de l’OCDE, comme le plan de sauvetage américain de 1 900 milliards de dollars, le plan de relance français de 100 milliards d’euros (dont 30 milliards sont dédiés à la transition écologique), ou encore le plan européen de 1800 milliards d’euros, dont un tiers est dédié au Green Deal européen qui vise à atteindre la neutralité climatique. La nécessaire relance économique a été considérée comme une opportunité d’accélérer et de mener à bien la transition écologique en investissant dans les technologies et les énergies durables de demain.

Dans ce contexte d’enthousiasme écologique, une énergie en particulier a gagné en notoriété et fait l’objet d’une attention grandissante : l’hydrogène (H2). L’objectif de cette note est de fournir une vue d’ensemble de l’état présent de l’écosystème hydrogène et de réaliser un examen de la littérature existante sur le sujet.

Nous soutenons que trois tendances méritent une attention particulière et permettent une analyse structurée du domaine.
Premièrement, il faut considérer les problématiques industrielles qui composent l’émergence des écosystèmes hydrogène. L’une des dynamiques décisives est l’interaction entre les acteurs industriels (à la fois les nouveaux acteurs émergents et les anciens acteurs industriels fossiles, tels que les compagnies de gaz) et les politiques publiques gouvernementales qui façonneront l’environnement réglementaire.
Deuxièmement, dans les années à venir, l’hydrogène deviendra très probablement un objet d’échange entre les pays disposant d’abondantes ressources renouvelables et ceux dont les ressources sont plus rares. Malgré cette dynamique qui prend principalement la forme de partenariats bilatéraux entre États à l’heure actuelle, nous soutenons que pendant encore longtemps , les exportations d’hydrogène ne prendront ni l’ampleur ni les formes des transactions standardisées, comme le pétrole ou le gaz naturel. Effectivement, l’hydrogène ne peut pas être appréhendé à la façon d’une commodité uniformisée, comme nous l’avons précisé dans un précédent policy brief.
Troisièmement et dernièrement, la place de l’hydrogène vert dans la transition énergétique doit être envisagée avec lucidité, c’est ce que nous appelons une “philosophie de la transition”. L’hydrogène, s’il est un outil essentiel de la transition énergétique, doit rester au deuxième plan dès lors que l’électrification s’avère possible. L’hydrogène vert doit être envisagé avant tout afin de décarboner les usages industriels où il est présentement indispensable, il peut ensuite être utile dans les secteurs difficilement décarbonables (les “hard-to-abate sectors”). Enfin, si les ressources suffisantes existent, comme un outil d’intégration des systèmes énergétiques (assurant la stabilité du réseau et permettant le couplage des secteurs).

Télécharger le Policy brief complet ici (en anglais) : Un état des lieux des écosystèmes hydrogène dans le monde

La politique chinoise des matériaux stratégiques – impact sur l’écosystème des batteries et recommandations pour l’industrie

Par Xieshu Wang et Joël Ruet.

Les matériaux stratégiques, tels que les terres rares, le lithium, le cobalt ou le nickel, sont des intrants indispensables aux technologies de la transition verte, comme les éoliennes ou les batteries pour véhicules électriques. Alors que de plus en plus de gouvernements visent à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050 et que la nécessité d’une transition vers des économies durables devient de plus en plus pressante, la demande de matériaux va augmenter et ils sont donc considérés comme des intrants critiques, également qualifiés de matériaux stratégiques. On s’attend à ce que la consommation de métaux stratégiques passe de 7 à 19 milliards de tonnes par an, ce qui entraînera de graves tensions du côté de l’offre. Le cobalt est l’un de ces métaux utilisés comme intrant dans les aimants des éoliennes, et pour la production des cathodes des batteries lithium-ion.

Ayant rapidement compris l’importance de ce métal pour les futures technologies stratégiques, la Chine s’est positionnée sur la chaîne de valeur du cobalt et a ainsi pu contrôler une partie importante de la chaîne, notamment en contrôlant une grande partie des ressources en cobalt de la RDC.

Ce document fournit une analyse de la stratégie de la Chine en matière de matériaux, de la manière dont elle a réussi à obtenir une position privilégiée sur la chaîne de valeur, ainsi qu’une analyse des principaux acteurs privés qui sont des acteurs majeurs sur la chaîne de valeur du cobalt.

 

Policy Brief (en anglais) : Industry Recommendations – China’s key materials strategy Industry Recommendations – China’s key materials strategy

Rapport analytique (en anglais) : Analytical Report – China’s key materials strategy Analytical Report – China’s key materials strategy

Policy Brief – L’hydrogène, nouvelle commodité, vecteur énergétique ‘magique’, ou prescripteur de politiques publiques exigeantes ?

Par Antoine Goutaland et Joël Ruet

“L’hydrogène” voit ses utilisations industrielles, ses usages énergétiques différer, ses filières de synthèse foisonner. Mais il y a en réalité des hydrogènes dont les promoteurs constituent un club hétéroclite aux intérêts plus ou moins convergents, présents à différentes mailles géographiques, sectorielles et temporelles. Un écosystème unifié et stabilisé est à ce stade inexistant, et de part les caractéristiques de la molécule, nous défendons que cet écosystème unique et global ne verra pas le jour.

L’hydrogène vert reste un outil décisif de la transition énergétique. Il dispose de la capacité de mieux stocker, d’utiliser, et de valoriser les énergies renouvelables, et offre en général une option de flexibilité supplémentaire à la grande refonte systémique énergétique nécessaire à la transition écologique.

A l’heure actuelle, le Conseil mondial de l’hydrogène a intérêt à faire front commun auprès des décideurs politiques afin d’élargir l’assiette de ce qui n’est pas vraiment jusqu’ici un « secteur ». Mais derrière ce “narratif” homogène, se jouent des batailles industrielles, de politique industrielle, de politique tout court. L’hydrogène contribuera au lent changement de perspective de l’écologie: en parallèle de la question systémique des transitions-trajectoires, émergera non pas le retour de la question micro-économique (formation de prix sur des marchés), mais celle de la politique macro-économique des ressources naturelles, problématique englobante, allant d’une comptabilité nationale des ressources à une géostratégie des ressources.

Télécharger le Policy brief complet ici 2021-07-07-PB_Hydrogene

Points-clés

  • L’hydrogène n’est pas une commodité et ne le deviendra probablement pas. Ce sous-produit peut toutefois jouer un rôle clé dans la décarbonation de certaines industries lourdes ou usages énergétiques.
  • Les hydrogènes n’étant pas le pétrole, le précédent modèle économique de ce secteur n’est pas nécessairement l’avenir de l’hydrogène, et il faut dès lors interroger les hypothèses et habitudes cognitives acquises, ainsi qu’analyser objectivement les accélérateurs en présence, et notamment les territoires qui sont déterminants.
  • L’hydrogène ouvre la boîte de Pandore de l’économie industrielle : des oligopoles technologiques forcés s’annoncent-ils ? Recouperont-ils ou bien transcenderont-ils les concurrences géopolitiques ? Certains bassins charbonniers s’imposeront-ils par une sorte de retour de l’histoire ? Les parcs industriels tireront-ils la demande à leur avantage ?
  • L’électrification du monde, mobilisant l’hydrogène, et associée à des usages « naturels » de l’hydrogène là ou l’électrification est peu pertinente, est compatible avec une explosion des transformations énergétiques assortie d’une diminution des émissions de CO2.

4ème Forum Nanjing/Paris pour l’innovation: des partenariats technologiques encadrés par les Etats?

Le jeudi 24 juin 2021, le Nanjing/Paris Partenariat pour l’innovation, 4ème conférence sino-française sur la coopération en matière d’innovation s’est tenue à Nanjing, en Chine, dans le cadre de la Nanjing Techweek 2021. Le forum se donne pour but d’approfondir les partenariats stratégiques entre la Chine et la France à travers les villes de Nanjing et de Paris, avec un accent particulier sur l’innovation et le développement scientifique et technologique.

Le forum de Nanjing/Paris, auquel des centaines de personnes ont assisté en physique et qui a été diffusé en direct sur Internet, a accueilli des personnalités chinoises et françaises. Du côté chinois, les intervenants comprenaient : Li Shigui, membre du comité permanent du comité du parti municipal, directeur adjoint du comité permanent de l’assemblée populaire municipale et secrétaire du comité du parti du district de Jiangning, et Shen Xiang, ministre des Affaires économiques et commerciales de l’ambassade de Chine en France ainsi que Lu Qingjiang, consul général de Chine à Lyon.

Du côté français, Dominique Villepin, ancien ministre des Affaires étrangères, a insisté sur la nécessité d’accélérer la coopération entre les deux pays dans les domaines de l’énergie, la science et les technologies, en créant notamment des clubs d’entrepreneurs franco-chinois.  Il était accompagné de Pascal Petit, économiste et directeur de recherche du Centre national de la recherche scientifique français, qui a évoqué la nécessité d’une politique plus ouverte en matière d’innovation sur de nouveaux modèles entre les deux pays, ainsi que de Joël Ruet, président du Bridge Tank.


Joël Ruet, a développé trois points principaux : 

– le premier traite de la nécessité de tirer les leçons de l’histoire de la coopération entre la Chine et la France, en particulier dans les secteurs du nucléaire et de l’énergie, coopération aujourd’hui en fin de cycle 

– le second sur la nécessité de construire sur ces coopérations passées par l’expansion des frontières de la recherche et du dialogue, notamment sur les recteur rapides et de 4ème génération dans le nucléaire, sur le génie environnemental urbain,

– dans un troisième point, le développement des différentes technologies liées à l’essor de l’économie hydrogène,  bénéfique pour les systèmes technologiques et l’industrie de la France.

Joël Ruet a évoqué le contexte international de concurrence technologique et l’importance de désigner quels sont les secteurs et technologies de coopération possible et ceux nécessitant en revanche une attention sécuritaire accrue. 



 En parallèle, une session à distance a été organisée, qui a permis à plus de dix chefs d’entreprises chinois et français d’échanger sur des différentes coopérations possibles.

  Enfin, une cérémonie de signature virtuelle a été menée pour lancer des projets technologiques et de plateformes d’innovation sino-françaises.

Ce forum, qui a réuni un large éventail d’experts dans divers domaines, de l’économie à la technologie, en passant par la finance et le monde universitaire, a adopté un modèle « cloud + offline » pour structurer la conférence. Il vise à devenir une plateforme d’innovation ouverte, de coopération et de partage entre la France et la Chine, afin de promouvoir un développement mutuellement bénéfique. Les sujets abordés au cours du forum comprenaient, entre autres, l’automobile, l’intelligence artificielle, la médecine et la santé, les économies d’énergie et la protection de l’environnement.

Relations UE-Chine, tendances contradictoires? La preuve par l’industrie

Le constat paradoxal d’un désaccord profond et d’une coopération nécessaire

Les relations entre l’UE et la Chine sont aujourd’hui conditionnées par un double constat : constat d’un désaccord profond sur les valeurs politiques, en matière de droits de l’homme et de démocratie, mais aussi constat de la nécessité pour les deux puissances de coopérer sur des enjeux majeurs, comme le climat, les matières stratégiques ou les industries d’avenir.

C’est d’ailleurs sur le fond l’essence également de la doctrine Blinken, la différence sur la forme étant sans doute plus frontale sur le choc diplomatique qaunt aux différences… allant jusqu’au différend.

Si l’UE est désormais le premier partenaire commercial et investisseur étranger en Chine, une méfiance profonde et durable marque les relations bilatérales et tend à les envenimer. Partenaires stratégiques et rivaux systémiques, l’UE et la Chine arrivent aujourd’hui à un tournant de leurs relations. Aussi, l’UE doit redéfinir sa politique chinoise, entre prise de position assumée, coopération pragmatique, et négociations inévitables, pour sortir du stop and go provoqué par ces tendances antagonistes.

Qu’elle prenne la forme d’une guerre technologique, commerciale ou d’une dipmomatie musclée des droits de l’homme, une tendance à la confrontation gagne du terrain dans les rapports diplomatiques entre les puissances chinoises et occidentales. La montée des tensions diplomatiques entre l’UE et la Chine, illustrée par les sanctions européennes au sujet du travail forcé dans la province du Xinjiang et les contre-sanctions chinoises qui ont suivi, ont mis un coup d’arrêt à la coopération bilatérale, comme le démontre le vote du Parlement européen le 20 mai en faveur de la suspension des négociations pour la ratification de l’Accord global sur l’investissement annoncé en décembre 2020.

Pourtant, le même jour, un partenariat a été annoncé autour des matériaux de batterie entre les industriels allemand BASF et chinois Shanshan. Cette double actualité témoigne bien d’une incohérence de la ligne de conduite européenne à l’égard de la Chine. Au-delà de l’incompatibilité apparente des deux systèmes politiques illustrée par un ton de moins en moins diplomatique, une réelle complémentarité des intérêts entre les deux parties subsiste. En fait, l’UE et la Chine ne peuvent se passer d’entretenir avec l’autre, sinon une coopération, du moins un dialogue ouvert et pragmatique sur certains enjeux.

BASF et Shanshan s’associent en une joint-venture dans le secteur des matériaux pour batteries

Si le feu est rouge en termes de coopération politique avec la Chine, la collaboration industrielle sino-allemande reste pour sa part au beau fixe. Les deux leaders se sont lancés dans une co-entreprise au service du marché chinois, le plus grand dans le secteur des matériaux de batterie. Pour BASF, fournisseur mondial de premier plan de Fabrication Assistée par Ordinateur (FAO) à l’industrie automobile, c’est l’occasion d’accéder au marché chinois de la FAO, élargissant son empreinte mondiale avec une chaîne d’approvisionnement de matériaux actifs cathodiques intégrée et unique. BASF deviendrait la première entreprise à disposer de capacités sur tous les principaux marchés d’ici 2022. De son côté, Shanshan, l’un des principaux fournisseurs de matériaux pour batteries au lithium-ion desservant à la fois le marché de la mobilité électrique et de l’électronique grand public, bénéficierait du réseau mondial de clients automobiles de BASF pour renforcer sa compétitivité sur le marché chinois.

Grâce aux solides capacités de technologie et de développement à empreinte mondiale de l’un, et à la vaste expérience du marché chinois de l’autre, ces deux géants, en combinant leur expertise, comptent offrir une compétitivité incomparable en matière d’innovation, de proximité client et de coût et devenir un des principaux fournisseurs mondiaux de FAO. L’objectif est de générer d’importantes synergies technologiques et d’accélérer la transformation de l’électrification de l’industrie du transport.

L’enjeu de ce partenariat est central quand on sait que la Chine a la mainmise sur les chaînes de valeur des matériaux stratégiques nécessaires à la fabrication des batteries dont elle domine le marché et détient environ 90% de la production mondiale. En outre, la Chine est un acteur incontournable dans les chaines d’approvisionnement dans les domaines clés de la transition énergétique (panneaux solaires, turbines d’éoliennes, hydrogène). 

Quelle méthode pour une position européenne cohérente ?

Entre dissensions politiques profondes et coopération innovante sur des enjeux d’avenir, la relation sino-européenne est soumise à des tendances contradictoires qui semblent irréconciliables et empêchent l’UE de maintenir une ligne de conduite univoque.

En tout cas, le divorce sino-européen n’est pas consommé. Au-delà des sirènes des rivalités politiques, des points de convergence permettent encore aujourd’hui de parler de visions d’avenir en commun. Dans la perspective de la COP26, il est nécessaire d’établir des axes stratégiques incontournables vers lesquels orienter la coopération sino-européenne. Le sujet des matières premières, agricoles et minérales, est par exemple un point d’appui central de cette coopération, tout comme le climat ou la transition énergétique et industrielle.

L’UE ne pourra imposer ses vues qu’à condition de faire preuve d’un discours unanime et cohérent. Il convient donc qu’elle s’accorde d’abord en interne sur sa ligne de conduite, puis en externe en se positionnant selon une méthode souple apte à sortir du stop and go permanent dans les relations internationales. Ainsi, elle pourra tenir un dialogue précis mais ferme dans la négociation, redéfinir des partenariats exigeants et durables, respectueux du droit, et fondés sur une réelle réciprocité. En un mot, assumer un rôle de « puissance d’équilibre ». 


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