Catégorie : Gouvernance Mondiale

L’Organisation pour la Mise en Valeur du bassin du fleuve Sénégal (OMVS) sera candidate au prix Nobel de la paix

Le 12 mars 2021, à Kayes, au Mali, Hamed Semega, membre du Conseil d’orientation du Bridge Tank, a annoncé que l’Organisation pour la Mise en Valeur du bassin du fleuve Sénégal (OMVS) sera candidate au prix Nobel de la paix. L’OMVS, une organisation internationale regroupant la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, célèbre aujourd’hui son 49ème anniversaire. A l’approche de son 50ème anniversaire, et avant le prochain Forum Mondial de l’Eau, les 4 Etats réalisent que l’OMVS a été un facteur de paix, de stabilité et de développement dans la région. Tout comme le GIEC a reçu le prix pour son rôle dans l’atténuation du changement climatique, nous espérons que l’OMVS reçoive le prix en récompense des énormes efforts d’adaptation au climat qu’elle réalise, en plus de la paix.

Signature de l’accord d’investissement entre l’UE et la Chine

L’ambassadrice Sylvie Bermann et notre président Joel Ruet ont échangé à la télévision chinoise sur l’accord d’investissement entre l’UE et la Chine. Ils ont noté que l’accord conclut non seulement 7 ans de négociations mais aussi l’émergence de part et d’autre de visions divergentes du monde. Si de nombreuses questions restent à régler, l’ambassadeur Bermann a rappelé que l’accord répond aux questions posées par l’UE et suit une approche européenne de l’économie.

“Double Assemblée” de Chine : le Bridge Tank co-organise le Forum des Think Tanks et des Médias sur le Développement économique mondial

Un Forum sur le Développement économique mondial à l’occasion de la Double Assemblée à Pékin 

De concert avec ses partenaires chinois, le China International Publishing Group et le China Institute for Innovation & Development Strategy, ainsi que la Fondation Prospective & Innovation, le Bridge Tank a co-organisé le 8 mars 2021 un Forum hybride en marge de la Double Assemblée. 

À cette occasion, Joël Ruet est intervenu aux côtés de Wei Jianguo, ancien vice-ministre du Commerce en Chine et vice-président du Centre chinois pour les échanges économiques internationaux, de Cai Jiming, député à l’Assemblée Populaire Nationale et directeur du Comité Central de l’Association chinoise pour la promotion de la Démocratie, et de Zhang Yuyan, membre du 13ème Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois et directeur de l’Institut des Économies et Politiques mondiales.

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre en France, a ouvert ce webinar aux côtés de quatre vice-ministres chinois et du vice-président du parlement d’Argentine. Pendant presque trois heures, les représentants de plus de dix pays, allant de la Russie à l’Inde, du Brésil à l’Afrique du Sud, ont approfondi de nouvelles pistes de réflexion notamment en faveur d’une coopération multilatérale, d’une reprise économique globale soutenue par l’innovation et d’une réforme de la gouvernance économique mondiale. Le rôle des think tanks internationaux dans la construction de plates-formes de dialogue a été souligné, et présenté comme un outil essentiel dans la fondation d’une communauté à l’échelle de l’humanité.

Les articles des médias chinois China Today, China.org, China Institute for Innovation and Development Strategy ont notamment couvert cet évènement. 

L’ouverture du Forum par Jean-Pierre Raffarin : contre la tentation de l’isolationnisme, une coopération internationale fondée sur l’innovation 

Dans son allocution, l’ancien Premier ministre a déclaré que le partage d’expérience et la compréhension mutuelle étaient essentiels pour accomplir un développement pacifique, objectif commun à tous les pays. À l’heure où une crise globale exacerbe la nécessité de formuler une réponse coordonnée face aux défis mondiaux, il a insisté sur les dangers d’une tentation à l’unilatéralisme et au protectionnisme. En soulignant le rôle de l’innovation, il a défendu que chaque pays devait mener activement une coopération internationale tout en sauvegardant sa propre souveraineté. Il a notamment mentionné la lutte contre le changement climatique, en évoquant les efforts conjoints de la France et de la Chine, un signal fort en faveur d’un consensus mondial pour le développement vert.

Passer de la crise à l’opportunité d’un renouveau, selon les intervenants chinois Wei Jianguo, Zhang Yuyan et Cai Jiming

L’ancien vice-ministre du Commerce Wei Jianguo a affirmé que la « double circulation » chinoise, pilier du 14ème Plan quinquennal lancé au même moment, allait faire émerger de nouvelles opportunités pour le développement économique mondial. Selon lui, au-delà de la crise qu’il traverse, le monde entre dans une nouvelle ère de la mondialisation, où la Chine doit mener un rôle essentiel. 

Mais les experts lui ont opposé un scénario moins optimiste, en alertant sur des risques systémiques actuels qui menacent l’économie mondiale, comme l’inflation, dont des symptômes — la forte hausse des prix des produits de base — sont déjà visibles. L’inflation et le changement climatique sont donc ressortis comme deux défis d’intérêt commun à relever conjointement.  

Zhang Yuyan appelle à une coopération internationale renouvelée, qui implique de travailler ensemble sur la question de la gouvernance mondiale. En effet, des discussions restent à mener, et cette responsabilité revient aux grandes puissances mondiales, qui doivent trouver le juste équilibre entre autonomie stratégique et intérêts communs. 

Cai Jiming a insisté sur l’importance de bâtir un système commercial mondial équitable et durable, fondé sur la notion d’intérêt comparatif dans la division international du travail, en s’opposant fermement aux tendances isolationnistes qui menacent l’équilibre des échanges mondiaux. 

Positionnement de la Chine en matière de sécurité mondiale et coopération sino-européenne tournée vers l’avenir : l’intervention de Joël Ruet 

Joël Ruet, président du Bridge Tank, a affirmé que la Chine devait clarifier sa position sur la question de la sécurité mondiale et contribuer à créer un environnement extérieur stable, selon une démarche plus multilatérale. Les intervenants se sont d’ailleurs accordés sur l’idée que la Chine devait jouer un rôle à la hauteur de son poids économique dans la gouvernance mondiale. 

Joël Ruet a évoqué le pré-Accord d’investissement conclu entre la Chine et l’UE, symbole des opportunités qui peuvent émerger d’une crise, tout en alertant sur deux priorités à ne pas négliger. En effet, il cible deux domaines où une coopération sino-européenne est fondamentale : l’environnement, où les paroles ambitieuses des chefs d’Etats doivent être mises en application par des actes concrets dans la perpective de la COP26, et la coopération industrielle, que le potentiel européen et chinois rend très prometteuse.

« Double circulation », développement de haute qualité, objectifs environnementaux décevants… : retour sur la Double Assemblée

La Double assemblée désigne les deux réunions plénières annuelles de l’Assemblée populaire nationale et du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois. Après une année de pandémie qui avait repoussé cette rencontre en mai 2020, les dirigeants chinois ont tenu cette année à la lancer dès le 5 mars, comme pour incarner la résilience exemplaire du pays et la normalité retrouvée des institutions du régime. D’autant plus qu’elle est marquée par le lancement du 14è Plan quinquennal 2021-2025 et les 100 ans du Parti Communiste Chinois. 

Parmi les temps forts de cet évènement, le Premier ministre Li Keqiang a fixé pour 2021 un objectif de croissance à 6%. Ce chiffre modéré témoigne que la priorité sera moins centrée sur un PIB attrayant — le FMI mise sur une reprise à 8% — que sur une croissance stable dans un contexte d’incertitude, et sur trois piliers : la « réforme, l’innovation, et un développement de haute qualité ». Aussi, le budget alloué à la recherche-développement augmentera de plus de 7% par an ces cinq prochaines années, pour réaliser des percées dans les technologies d’avenir et permettre à la Chine de gagner en autonomie stratégique. Une autre priorité du régime est la mise à niveau de la chaîne d’approvisionnement et la promotion de la consommation intérieure, notamment dans le secteur automobile et de l’électroménager. 

En fait, la Double assemblée comme le 14ème Plan quinquennal ont pour fil conducteur le paradigme de développement de la « double circulation ». Cette notion désigne une stratégie de développement à deux volets qui implique un soutien à la fois du marché intérieur et extérieur pour stimuler des modes de consommation à long terme. Le cycle domestique est particulièrement mis en avant tandis qu’il est complété par un cycle international, avec le commerce extérieur et les investissements à l’étranger. Cet objectif de miser sur l’immense marché intérieur chinois s’ancre dans une volonté de se couvrir des chocs extérieurs, dans contexte de montée des tensions diplomatiques et d’instabilité de l’économie mondiale.

Li Keqiang s’est également arrêté sur la question environnementale : il appelle à la promotion du verdissement des modes de vie et de production. Par exemple, un des objectifs pour 2021 est d’atteindre un taux de 70% pour l’utilisation des énergies propres pour le chauffage. Le 14ème Plan prévoit que la Chine réduise sa consommation d’énergie par unité de PIB de 13,5% et les émissions en CO2 de 18%. Du reste, les experts affirment que les objectifs mentionnés ne représentent pas une réelle accélération pour atteindre la neutralité carbone attendue en 2060, faute de moyens concrets. Par exemple, la Double assemblée ainsi que le 14ème Plan quinquennal ont introduit l’idée d’un « plafonnement des émissions de CO2 », sans en fixer concrètement un. S’il est encourageant qu’un volet portant sur le changement climatique soit pour la première fois adopté dans un plan d’échelle nationale, ces premières indications en matière d’environnement sont donc souvent perçues comme ambiguës, voire décevantes. 

An II du covid: Quelles leçons en Europe ?

Quelles leçons de politique publique et d’adhésion nationale à l’aube de l’An II du covid en Europe ?

Le 9 mars 2020 le président du Conseil italien signifiait l’extension à tout le territoire national des mesures de confinement prises en Vénétie-Lombardie. L’Europe allait petit à petit basculer dans une année d’atermoiements sur la gestion de sa santé publique. Qu’avons-nous appris de cet An I du covid ?  Sur le plan génétique de nombreuses choses puisque les variants sont aujourd’hui séquencés avec une vitesse inouïe, sur le plan médical et notamment vaccinal la science est là encore à l’honneur, mais il semble que sur le plan sociétal l’apprentissage soit mince. En effet, chaque phase aura vu des atermoiements des pouvoirs publics européens, qui auront fini par rencontrer leur ombre double : la défiance voire le clivage des sociétés.

Comment gérer collectivement ce qui est un « mal public », c’est-à-dire un mal dont tout le monde souffre potentiellement à terme dans la mensure où une même une minorité en souffre, que cette minorité soit victime d’atermoiements de la puissance publique, ou cause de sa propre insouciance ou défiance ? L’enjeu n’est alors pas de stigmatiser mais de comprendre la dimension collective d’un mal public. On se souvient peut-être, aux États-Unis, du fameux « nous avons bu notre jeunesse »  du prix Nobel d’économie Paul Krugman, qui a voulu voir dans le lobby de l’ouverture des bars –par les baby boomers- la source d’une flambée pandémique source du chômage des jeunes ; l’Europe a vu la narration inverse : les fêtes de jeunes de l’été auraient fait le lit de la seconde vague de l’automne.

Plutôt que de considérer les oppositions de forces en présence à chaque débat pris à part : confinement ou pas, masques et tests ou pas, vaccin ou pas ou même plus sobrement, les débats plus instruits sut les modalités de chaque stratégie, il est peut-être plus fertile de considérer l’avant et l’après de ces débats, et de considérer, qu’avec le recul, une certaine modestie s’impose, source possible d’un peu plus de cohésion sociale et gouvernementale.

Revue de détail. Alors que l’outil du confinement est connu depuis le Moyen-Age dans la gestion des épidémies, son utilisation par le pouvoir chinois avait d’abord choqué, la construction d’un hôpital d’urgence -hôpital de campagne  bien connu des armées européennes depuis des siècles mais simplement ici avec des moyens BTP à la dimension chinoise- avait même fait évoquer une « geste maoïste » (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/11/chloe-froissart-le-coronavirus-revele-la-matrice-totalitaire-du-regime-chinois_6029132_3232.html). Rétrospectivement, des hôpitaux de campagnes furent construits dans divers pays d’Europe, la France en premier plan, avec leur corollaire des évacuations de malades, autre figure de front guerrier, indépendamment des régimes politiques. Ce qui est source de plus d’enseignements encore, voire de modestie, se joue au niveau infra-européen et dans le temps. En Europe les temps de réponse après la déclaration par la Chine de sa situation épidémique, mesures quant à des restrictions de voyage –ou simplement des mesures de température aux frontières- par exemple, ont connu une variation bien plus large que le délai écoulé entre l’émergence supposée de l’épidémie et son annonce. Quant l’Italie a annoncé son confinement, de une à deux semaines précieuses on été « perdues » entre divers pays européens du moins si l’on mesure, à caractéristiques nationales données, les temps de doublement de l’épidémie (https://thebridgetank.org/2020/04/15/flattening-the-curve-a-pan-european-comparative-analysis-of-the-covid-19-outbreak-2/). Mais ce qui frappe plus encore est, rétrospectivement, et en tenant compte du fait que lors des deuxième et troisième vague les réponses européennes aient été encore plus nettement différenciées d’un pays à l’autre en terme de mesures pratiques des confinements ou couvre-feux, que des mesures parfois plus strictes (par exemple en Allemagne par rapport à la France), n’aient plus eu au fond de meilleurs résultats ?

Sans doute est-ce qu’entre temps le champ des variables de la décision publique s’était considérablement élargi, rendant difficiles les comparaisons : schématiquement, d’un scénario croisant date de confinement et approche binaire sur les masques (souvent avec ‘pas de masques’), à une approche un an plus tard combinant degré de distanciation publique imposée par les pouvoirs publics (au-delà d’un confinement binaire, les couvre feux, le télétravail, la fermeture sélective de sites etc.), des inégalités face à l’accès au masque et à sa pratique en dépit d’une apparence de quasi-généralisation, des stratégies de tests  partout différentes et sans cesse changeantes. Surtout, en face des réponses publiques variables au sein de l’Europe, multiformes quant aux outils et changeantes dans le temps, la réponse populaire a sans doute présenté les mêmes caractéristiques, allant de l’impossible à mesurer –comment calibrer la réalité des ‘gestes barrières’ d’un individu à un autre- jusqu’aux débats clivants –cf la radicalisation du mouvement anti-masques en Allemagne qui n’aura eu d’équivalent dans l’OCDE qu’aux États-Unis (https://www.lesechos.fr/monde/europe/coronavirus-les-anti-masques-defilent-de-nouveau-a-berlin-1237672). Tout cela, lu rétrospectivement, montre que les débats les plus féroces ont au final résulté sur des résultats relativement peu discriminés, en tout cas difficilement reliables à des mécanismes clairs par aucune statistique robuste. Ceci ne doit nullement justifier du cynisme mais peut être appeler à une certaine dose de modestie… et clairement mettre ne selle la solution des solutions : la vaccination.

Au terme de cet « An I du covid » en Europe, que conclure de tout cela sur la question non seulement du moment, mais en réalité sur la question de sortie de cette pandémie : le vaccin ?

D’abord ne pas s’étonner qu’à nouveau les débats les plus farouches se déchainent, puisque telle semble être la culture européenne, et ce d’autant plus  que les rancoeurs et aigreurs des débats précédents ont pu s’accumuler à rebours du recul de bon sens ici prêché, et enfin, de n’être as surpris par leur violence redoublée dans un contexte d’enjeux économiques autrement plus importants sur les vaccins que, disons, sur les masques. Ces attaques ont culminé en janvier dernier avec la controverse sur les  documents volés à l’agence européenne du médicament (https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/16/vaccins-ce-que-disent-les-documents-voles-a-l-agence-europeenne-des-medicaments_6066502_3244.html ). L’enjeu médical, économique également bien sûr, portait sur des délais de certification des vaccins. Il est saisissant de voir que les mêmes accusations duales (trop tôt / trop tard) du confinement se sont répétées sur les rythmes d’homologation des vaccins… puis sur les rythmes des campagnes vaccinales elles-mêmes.

Aujourd’hui, et alors que d’un pays européen à l’autre on constate une dispersion statistique sur les délais de campagnes vaccinales supérieure aux constantes de temps qui avaient agité les spécialistes, alors que, fort heureusement, la plupart des modèles inquiétants sur le rôle délétère des variants s’avèrent contredits pour le moment, peut-être devrait-on tirer des questions de politique publique précédentes un peu de sérénité.

Et sans doute cette sérénité serait-elle plus à même de gagner à la confiance publique des franges croissantes de la population qui aujourd’hui veulent douter face aux vaccins.

Si les pays européens se stigmatisent moins, si les rivalités politiques instrumentalisaient moins l’épidémie, alors peut-être l’Europe pourrait-elle donner au monde une image plus nette de ce que, malgré tout, elle as su construire au fil de l’épidémie, une certaine coordination, et une coordination qui en outre prend de moins en moins de temps à chaque étape de décision.

Le ministre Brice Lalonde, ancien SG Adjoint de l’ONU, échange sur la transition écologique avec le Bridge Tank

Brice Lalonde, qui a occupé les fonctions de ministre français de l’Environnement, secrétaire général adjoint de l’ONU pour le climat, et de Coordonateur exécutif à Rio+20, a détaillé les principales problématiques de la transition écologique autour desquelles les puissances doivent engager un nouveau cycle de coopération technologique.

Perspectives de coopération sino-européenne

Brice Lalonde a rappelé que l’électrification de nos économies est le maitre mot de cette transition, nécessitant le déploiement et l’amélioration de techniques telles que les batteries, les électrolyseurs, et posant plus largement la question de la production d’électricité à grande échelle. Brice Lalonde estime que c’est dans ce cadre que le nucléaire trouve toute sa pertinence et doit être un sujet d’échanges technologiques. Il a rappelé, à titre d’exemple, la précédente signature d’un accord France-Chine sur la construction d’une usine de retraitement des déchets nucléaires.
L’intervenant a en sus évoqué à plusieurs reprises la perspective d’une utilisation future de carburants de synthèse, qui consistent à capturer et réutiliser le gaz carbonique émis comme énergie. Brice Lalonde a ainsi insisté sur la distinction entre les ressources énergétiques du présent et celles du future, illustrant son propos par l’exemple de l’eau, qui devrait devenir une ressource stratégique en raison de la technologie de l’électrolyse de l’eau, permettant la production d’hydrogène.
Enfin, l’ex-ministre a abordé les enjeux de recherche autour de la fixation du carbone, sous forme de photosynthèse artificielle ou par le biais de la séquestration du dioxyde de carbone (CO2), sur lesquels la Chine et l’UE doivent également travailler en commun.

Gouvernance mondiale et avenir du commerce international

D’autre part et en dehors des seules relations sino-européennes, Brice Lalonde a plus largement présenté le manque de coopération internationale sur les sujets écologiques comme la principale lacune empêchant le déploiement de la transition écologique à grande échelle. Un changement de paradigme lui semble nécessaire avec la mise en place d’un minimum de gouvernance mondiale sur ces sujets, à rebours de la configuration actuelle où les programmes climatiques souverains se contentent de s’additionner, sans dimension supranationale. Il nous manque ainsi, estime-t-il, de grands accords de coopération internationaux, pour le gaz par exemple, où les industriels gaziers se coordonneraient pour financer la transition des économies charbonnées vers le gaz, bien moins émetteur en CO2. Il lui parait en conséquence crucial de revitaliser le multilatéralisme, afin de mener à bien des projets tel que la mise en place d’un marché carbone commun à l’échelle internationale.

Enfin, sur le sujet du commerce international, l’ex-ministre de l’Environnement a pu s’opposer à une certaine doxa qui voudrait le présenter comme une pratique désuète dans un monde cherchant à atteindre la neutralité carbone. A contrario, Brice Lalonde estime que le commerce peut être écologique. « On a absolument besoin du commerce. Le commerce peut être un allié très puissant de l’environnement », a-t-il affirmé. Pour ce faire, les règles commerciales ne doivent plus seulement se concentrer sur les produits finis, mais également sur les normes de production (i.e. la régulation des émissions de gaz à effet de serre liées à la production). De ce point de vue, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), a encore toute sa place dans le monde de demain. L’OMC a d’ailleurs déjà accepté la primauté du droit de l’environnement lors de cas préalables, lorsque ce droit est entériné par des accords internationaux. Dans le futur, les Etats pourraient ainsi théoriquement se prévaloir d’accords écologiques internationaux imposant des normes de production afin de bloquer les importations de pays les enfreignant.

Brice Lalonde était l’un des principaux intervenants du forum du Bridge Tank portant sur la coopération UE-Chine post-Covid-19. Il a participé à un panel intitulé « Développement vert ou civilisation écologique ? » qui était modéré par Wen Cui-Pottier, ancienne journaliste du Shangai Media Group. Ce forum a eu lieu au Palais Brongniart à Paris le 15 octobre 2020.Les autres intervenants de cette session étaient Nicolas Imbert, Directeur Exécutif de Green Cross France & Territoires et deux membres du Conseil d’Orientation du Bridge Tank : Guillaume Henry, président de l’Association pour l’analyse écologique du droit, et Zhao Wei, chercheur à l’Université Sun Yatsen.

Le ministre Edmond Alphandéry échange avec les experts du Bridge Tank à propos de la tarification du carbone

Edmond Alphandéry, ancien ministre français de l’Economie et Président de la Task Force sur le prix du carbone, a longuement étayé sa vision de la place et de l’importance de la tarification du carbone dans la transition écologique, ainsi que le caractère incontournable de cette mesure afin de mener à bien les objectifs de neutralité carbone, dans le cadre de l’accord de Paris.

La tarification du carbone : un outil incontournable de la transition écologique

Edmond Alphandéry a d’abord tenu à rappeler l’ampleur de l’enjeu posé par le réchauffement climatique et la complexité des problématiques qui se posent pour y répondre : sachant que nous émettons 40 milliards de tonnes de CO2 chaque année, a-t-il expliqué, si nous postulons raisonnablement que le prix de la tonne de CO2 doit être de l’ordre de 100 euros (selon les principales évaluations), alors une tarification du carbone aurait un coût de 4000 milliards d’euros chaque année, soit le Produit National Brut (PNB) allemand.

Dans ce cadre, l’ancien ministre perçoit la tarification du carbone comme centrale à la lutte contre le réchauffement climatique. Son explication est simple : lorsque le carbone à un prix, l’ensemble des agents économiques (ménages, entreprises, Etat) sont incités à réduire leurs émissions, voire à les arrêter ou à trouver des alternatives, ce afin de diminuer leurs dépenses.
L’intervenant a précisé qu’il existe deux solutions applicables et appliquées actuellement afin de donner un prix au carbone.
La taxe carbone d’abord, qui est simple, efficace, mais politiquement difficile à mettre en place et dont l’ajustement est complexe.
L’instauration d’un marché du carbone, ensuite, où des permis d’émissions sont émis en fonction du volume d’émissions total souhaité. Les permis sont achetés par les acteurs du marché au prorata de ce qu’ils émettent, et leur prix est défini par l’offre et la demande.
Selon le président de la Task Force sur le prix du carbone, le marché carbone a pour avantage tautologique d’être un marché, et donc d’inciter à l’innovation ainsi qu’à l’adoption de comportement vertueux par les agents afin de revendre leurs permis (voir l’exemple de Tesla aux Etats-Unis). Il a néanmoins pour défaut de se caractériser par une forte volatilité du prix du carbone.
C’est cette dernière raison qui a incité l’ancien ministre à présider la Task Force sur le prix du carbone afin de promouvoir auprès des décideurs un ciblage du prix du carbone et non plus des volumes, comme il est fait actuellement. Sur le marché carbone européen par exemple, il affirme que cela permettrait de donner une stabilité à un prix du carbone qui s’était par exemple effondré lors de la crise des subprimes, et également de gagner en lisibilité.

Face aux enjeux climatiques, la Chine doit se saisir de l’outil de tarification du carbone

Edmond Alphandéry a ensuite évoqué la place de la Chine, qu’il juge incontournable, autour de ces sujets. Les émissions du pays sont effectivement supérieures à celles des Etats-Unis et de l’Europe réunis. A ce titre, il a tenu à rappeler que le gouvernement chinois est conscient des enjeux à l’oeuvre et a déjà promu un certain nombre de mesures de transition écologique. Une tarification du carbone y existe par exemple, avec un prix qui reste toutefois largement insuffisant et qui se limite au domaine de l’énergie.
L’ex-ministre a en sus fait part de l’existence, de son point de vue, d’une réelle volonté chinoise de mener à bien des réformes. Il a plus particulièrement salué les initiatives et les discussions qui ont lieu entre différentes personnalités européennes et chinoises, discussions auxquelles il a lui même pris part, afin de défendre une convergence des prix du carbone des deux puissances.
Pour Edmond Alphandéry, si une telle réforme était promue, cela ne serait pas moins qu’une révolution dans la lutte contre le réchauffement climatique.

En guise de conclusion, le panéliste a soumis une proposition aux autorités chinoises, dans le cadre de leur grand programme stratégique qu’est la BRI. Le gouvernement multipliant les investissements énergétiques, notamment dans les centrales thermiques, Edmond Alphandéry jugerait pertinent et efficace d’introduire un prix interne du carbone dans les entreprises et les industries financées par les fonds chinois. Cela simulerait une tarification du carbone et inciterait donc à la décarbonation, tout en envoyant un message fort à l’international en soulignant l’importance réelle que la Chine accorde à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Edmond Alphandéry s’est dit prêt à supporter immédiatement une telle initiative.

Edmond Alphandery était l’un des principaux intervenants du forum du Bridge Tank portant sur la coopération UE-Chine post-Covid-19. Il a participé à un panel modéré par Philippe Coste, ancien ambassadeur français, portant sur le verdissement des investissements dans l’Union Européenne (UE) et en Chine, et s’intéressant aux enjeux de la Belt & Road Initiative (BRI). Le forum a eu lieu au Palais Brongniart à Paris le 15 octobre 2020.  Les autres intervenants de cette session étaient d’autre part Pierre-Noël Giraud, professeur d’économie à l’Ecole des mines de Paris, Djellil Bouzidi, membre de la Haute Autorité de la Statistique et du Conseil d’Orientation du Bridge Tank, et Song Luzheng de l’Université de Fudan.

Échange sur le rôle de la culture dans les relations internationales entre Irina Bokova, ancienne directrice générale de l’UNESCO, et les experts du Bridge Tank

Première femme élue à la direction générale de l’UNESCO, ministre des Affaires Étrangères en Bulgarie en 1996, et ancienne ambassadrice de Bulgarie en France, Irina BOKOVA est une femme politique passionnée et polyvalente, qui partage avec le Bridge Tank les valeurs d’ouverture et de dialogue. Au cours de sa carrière, elle s’engage dans les efforts internationaux en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, de l’éducation pour tous et de l’accès à la culture. Parmi ses nombreux domaines d’action, la coopération scientifique pour le développement durable lui tient particulièrement à cœur. Elle a également plaidé pour l’adhésion de la Bulgarie à l’UE et à l’OTAN, et continue de militer pour l’intégration européenne en promouvant les valeurs de diversité et de respect des droits de l’Homme.

Irina Bokova, membre du Conseil d’orientation du Bridge Tank et co-organisatrice du Forum de coopération UE-Chine

Dès la session d’ouverture, l’ancienne directrice générale de l’UNESCO a rappelé que la coopération sino-européenne devait prendre en compte un aspect humain et culturel, à l’image des Objectifs du Développement Durable de l’Agenda 2030, qui permettra un rapprochement constructif dans les domaines économiques, politiques, sécuritaires, environnementaux.

Elle a donné une dimension plus « onusienne » aux débats, pour mener une réflexion sur le multilatéralisme, le globalisme et le climat, dont la Chine et l’UE sont des acteurs incontournables. Le dialogue entre ces deux puissances est donc essentiel pour construire un monde post-covid plus inclusif, durable et multilatéral et pour réformer le système multilatéral aujourd’hui affaibli, comme elle le rappellera d’ailleurs à l’occasion Forum du 21 janvier 2021. Irina Bokova a insisté sur la place grandissante de la Chine dans cet ouvrage : elle a rappelé les engagements de neutralité carbone du président Xi Jinping à l’horizon 2060, la place centrale de la Chine dans la reprise de l’activité mondiale, ainsi que le rôle de Pékin dans l’intégration de la culture et de la science à l’Agenda 2030 des Nations Unies. 

Quels échanges humains post-covid ?

Irina Bokova a fédéré les débats autour de la question des échanges humains, qu’ils soient culturels, éducatifs ou scientifiques dans l’élaboration d’une vision du futur. Ce thème essentiel doit s’inscrire dans le débat plus large sur les questions géopolitiques et des transitions écologiques. L’ancienne ministre des Affaires Étrangères a affirmé qu’il existe une convergence dans la réflexion sur ce volet de coopération entre l’UE et la Chine qui sont deux grandes puissances culturelles. Il s’agit donc d’un aspect incontournable du débat d’actualité sur le recentrage des relations sino-européenne, d’autant plus crucial que la Chine a largement investi dans les domaines patrimoniaux, culturels et identitaires ces dernières années.

En effet, Xi Jinping a fait revivre un grand projet de l’UNESCO, la route de la soie, en conférant une véritable importance aux enjeux patrimoniaux, culturels et identitaire. Les nouvelles Routes de la soie, au-delà des flux commerciaux, doivent jouer un rôle dans l’édification de ponts interculturels. De plus, la Chine figure aujourd’hui au premier rang sur la liste du patrimoine mondial à l’UNESCO. Ce secteur fait partie intégrante de son économie, démontrant au monde que la culture et ses industries peuvent représenter un poids non-négligeable dans la croissance et dans les échanges d’un pays.

La digitalisation des échanges culturels 

Irina Bokova s’est appesantie sur la place et les dangers du digital dans la promotion de la culture. Par sa capacité à créer des ponts entre les sociétés, il présente un potentiel énorme, à tel point que les Nations Unies vont bientôt adopter un dispositif érigeant l’accès au digital en un droit humain. Toutefois, elle a alerté sur les risques liés à la technologie : celle-ci tend à uniformiser et gommer la diversité et menace de fragmenter les sociétés en créant dans les communautés l’isolement et l’aliénation. 

À condition donc de s’inscrire dans une démarche éthique au service de l’humanité, les technologies demeurent un espace de créativité extraordinaire et une plate-forme de connexion inégalée, permettant de relier les musées au numérique en attisant la curiosité sur des projets culturels. L’ancienne directrice de l’UNESCO a conclu qu’une nation ne s’éveille jamais sans curiosité pour sa culture, chose qu’a bien compris la Chine quand elle a achevé en sept ans la construction de 5000 musées, et pour la culture de l’autre, pilier de toute coopération et rempart contre l’intolérance.

Irina Bokova est membre du Conseil d’orientation du Bridge Tank, qui se fait régulièrement le relais de ses réflexions et de son expertise. Elle a notamment co-organisé et ouvert le Forum de Coopération UE-Chine post-Covid aux côtés de Joël Ruet, président du Bridge Tank et Sylvie Bermann, ambassadeure de France en Chine.

Ce Forum « hybride » a réuni le 15 octobre 2020 quatre anciens ministres, cinq anciens ambassadeurs et une trentaine d’experts au Palais Brongiart à Paris, ainsi qu’une centaine d’inscrits sur trois continents, pour partager des échanges nourris, informés et précis sur des questions économiques, industrielles, de société et de culture sur la relation UE-Chine. 

Echange avec la ministre Brune Poirson : Relance, transitions énergétiques et écologiques en Chine et en Europe

Brune Poirson, vice-présidente de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement et ancienne secrétaire d’État auprès du ministre français de la Transition écologique et solidaire d’Emmanuel Macron, s’est entretenue avec le Bridge Tank.

Elle a souligné l’importance de dynamiques telles que l’Accord de Paris de 2015, l’engagement du gouvernement chinois à devenir neutre en carbone d’ici 2060, ainsi que le Green Deal de la Commission européenne et l’Initiative Belt and Road. Elle a fait valoir que ces initiatives aideraient à développer une gouvernance mondiale qui comprendrait davantage de commerce avec et entre les pays en développement.

La Chine : un allié naturel pour l’Europe sur le climat

Elle soutient l’importance d’instaurer un dialogue avec la Chine et affirme qu’elle-même « ne rate jamais l’occasion de dialoguer et d’engager une connaissance mutuelle avec la Chine. » Elle souligne l’importance de la France à respecter l’Accord de Paris et rappel sa responsabilité en tant que 2ème pays hôte de cet accord. Elle revient aussi sur le désengagement des Etats-Unis de l’Accord de Paris, une situation délicate pour la France et l’Europe qui ont dû s’adapter et trouver d’autres alliés. La Chine correspondait aux exigences de l’urgence et « s’est trouvée être une alliée naturelle sur ces sujets-là. » Brune Poirson attire l’attention l’acte symbolique « acte très fort » de l’engagement de la Chine, qui ne possède pas la même façon de construire et de mettre en œuvre les politiques publiques que l’UE.

De plus, ces tendances fortes se sont accentuées durant la pandémie COVID-19 et ont mis en lumière le protectionnisme américain. Cela a permis à l’Europe d’accélérer sa vision, quelque part, l’environnement est un outil de puissance et de pouvoir pour l’Union européenne. En particulier avec le Green Deal, qui s’est ensuite transformé en plan de relance. Le Green deal répond à une vision du monde incluant le commerce avec d’autres zones, des missions territoriales claires existent de part et d’autre, quelque part il répond à une vision commune de l’UE et la Chine. Le Green Deal de la commission européenne est financé avec les plans de relance (avec l’appui de la BEI), et la Belt & Road Initiative, financée par des prêts entre gouvernements, des banques d’exportation (China Development bank), ou multilatérales (AIIB).

Les Chefs d’Etats européens devront répondre à ces tests d’ambition lors du prochain Conseil Européen et devront alors prouver leur engagement en relevant notamment les objectifs de réduction CO2. Pour la République Populaire de Chine, organisatrice de la COP15-Biodiversité, devra montrer sa capacité à engager des tiers dans la coopération internationale (en particulier l’ASEAN sur les sujets forestiers).

Un panorama stratégique qui cache des enjeux massifs et communs de transitions énergétiques

Étaient également présentes lors de ce Forum les personnalités suivantes : Ding Yifan, chercheur à l’Institut de développement mondial du Centre de recherche sur le développement du Conseil d’État de la République populaire de Chine, et Thomas Melonio, Directeur Exécutif Innovation, Recherche et Connaissance de l’Agence Française de Développement. Ils sont intervenus dans la session «Redémarrage, transitions énergétiques et écologiques en Chine et en Europe», animée par Raphaël Schoentgen, ancien CTO et membre du comité exécutif d’ENGIE et ancien président d’Hydrogen Europe.

En complément des propos de Brune Poirson, Ding Yifan a fait valoir que la décarbonation de la production d’énergie chinoise était un élément clé de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais qu’elle nécessitait également la transformation de l’économie de plusieurs régions chinoises. D’importants investissements chinois sont réalisés pour encourager la transition vers l’hydrogène, et c’est un domaine pour lequel une coopération entre l’UE et la Chine pourrait être bénéfique pour les deux parties. Thomas Melonio a, quant à lui, soutenu qu’il était crucial que l’Afrique soit incluse dans les nouveaux accords de coopération, d’autant plus que les banques de développement chinoises et européennes ont les mêmes objectifs en ce qui concerne l’Afrique.

Brune Poirson, Ding Yifan et Thomas Melonio sont intervenus lors du Forum sur les relations sino-européennes et l’impact de la pandémie COVID-19. Ce forum a eu lieu au Palais Brongniart le 15 octobre 2020.

Échange entre François Loos, ancien ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur, et le Bridge Tank sur les visions d’avenir communes entre l’UE et la Chine

Praticien expérimenté du monde de l’industrie et du commerce international, François Loos préconise une nécessaire restructuration des relations UE-Chine, en soumettant l’idée que la résilience chinoise devait montrer la voie vers une reprise de l’activité mondiale.

Polytechnicien et ingénieur des mines de formation, François Loos est aussi un homme politique engagé, député du Bas-Rhin, conseiller régional d’Alsace et ministre délégué à l’industrie et ministre délégué au commerce extérieur dans les gouvernements Villepin et Raffarin sous la présidence Chirac.

La défense d’une Europe unie

À l’occasion de son intervention sur la mondialisation post-covid, François Loos a expliqué que la relation UE-Chine était entravée par des relations bilatérales au lieu de répondre à une approche communautaire. Les pays de l’UE doivent se montrer coordonnés et cohérents face à la Chine. En effet, leur absence d’unité de l’UE est un dangereux handicap, comme l’illustre l’exemple de la production photovoltaïque en Europe menacée par les importations chinoises. Il a mis en lumière les failles du mode de gouvernance européen, reposant sur la volonté des pays consommateurs et sur un système de décision à la majorité inapte à lutter contre le dumping ou à parler d’une même voix à l’OMC.

Entre recherche d’indépendance et coopération stratégique

Le COVID a démontré à tous la nécessité d’aspirer à l’indépendance, ou non-dépendance, face à ses voisins. Pour François Loos, cette autonomie ne peut être acquise pour l’UE qu’à condition qu’elle dispose elle aussi de champions nationaux dans des secteurs stratégiques, notamment dans l’industrie. 

Toutefois, l’indépendance n’exclut pas la coopération. Loin d’avoir été atténué par la crise, le poids de la Chine dans l’économie mondiale s’est renforcé et rend l’enjeu d’une coopération sino-européenne d’autant plus central, comme en témoigne la discussion en cours de nouveaux accords sino-européens. 

D’autant plus que cette recherche d’indépendance nationale n’est pas toujours stratégique selon l’ancien ministre : il a évoqué le cas des « bonnes délocalisations », celles où l’implantation d’une entreprise dans un pays étranger sert le marché de ce même pays. Reste à voir si la Chine va accélérer la mise en place des mesures prévues pour encourager les Européens à s’implanter en Chine sur un pieds d’égalité face aux entreprises locales. 

Vers une vision de l’avenir en commun 

L’ancien ministre a insisté sur la nécessité de conjuguer les visions du futures chinoises et européennes. Pour cela, il est nécessaire de définir les axes stratégiques vers lesquels orienter la coopération sino-européenne. À l’image de l’UE qui a été initiée en 1952 par une collaboration sur le charbon et l’acier, il a appelé à une coopération basée sur des enjeux d’intérêt commun qui fonderait un nouveau type de relations à l’échelle mondiale et avec la Chine. Le sujet des matières premières, agricoles et minérales, est par exemple un point d’appui central de cette coopération, stratégique des deux côtés en matière d’énergie et d’alimentation puisque la Chine dépend de ses importations pour nourrir sa population.

De même, l’environnement est un autre sujet de coopération possible et nécessaire avec la Chine, à condition de ne pas uniquement aborder la question sous l’angle des grandes entreprises, mais bien d’y associer, à l’échelle locale, le monde des petites et moyennes entreprises, les villes, les collectivités, qui sont au plus proche de la réalité et des solutions concrètes. 

Lors du Forum de Coopération UE-Chine organisé le 21 janvier 2021, l’ancien ministre a précisé que ces visions collectives ne pouvaient exister sans des normes et des régulations communes. Il est en effet essentiel que les questions d’environnement, d’énergie, de matières premières, d’alimentation aient un horizon compréhensible et partageable par les pays européens, les États-Unis et la Chine. 

Pour parvenir à un dialogue précis et ouvert avec la Chine, François Loos préconise d’organiser avec celle-ci des groupes de travail pour définir ces visions du futur, générer un état de confiance et avancer ensemble sur ces secteurs précis. 

François Loos suit de près les travaux du Bridge Tank, notamment sur la relation UE-Chine. Ces éléments sont tirés de son intervention lors du Forum pour la coopération UE-Chine post-covid, organisé par le Bridge Tank le 15 octobre 2020.

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