Nouvelles routes de la soie: la mondialisation selon Pékin

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Le président chinois Xi Jinping a présenté à vingt-neuf chefs d’État et de gouvernement «un projet pour le siècle à venir et qui sera bénéfique pour le monde entier» lors d’un Forum sur «les Nouvelles routes de la soie» qui vient de s’achever à Pékin le 14 et 15 mai dernier.

Joël Ruet est intervenu pour expliquer cette nouvelle politique d’investissements en mettant en avant le besoin du gouvernement chinois de déplacer son économie de deux manières :

– D’abord en interne de la Chine, puisque les investissements vont se déplacer des villes côtières aux provinces de l’Ouest.

– Ensuite, à l’international, puisque le gouvernement accompagne davantage les entreprises chinoises à l’étranger.

Pour coordonner entre ces deux visions, le gouvernement chinois a mis en place une grande vision géostratégique d’un continuum entre les zones côtières historiquement développées, les provinces intérieures et celles de l’Ouest pour s’étendre à tous les pays étrangers à l’ouest de la Chine.

 

Joël Ruet affirme également que la Chine à travers cette route de la soie entend relancer sa croissance et étendre, par la même occasion, son influence. Les relais de croissance de la Chine côtière se sont essoufflés depuis dix ans. Il est donc nécessaire d’aller chercher des débouchés à l’international avec une volonté de renforcer des liens et d’aller plus vite dans la coopération géostratégique.

La position de la Chine en Afrique est donc cohérente avec cette nouvelle extension de la route de la soie. A travers l’investissement dans l’infrastructure, et notamment les chemins de fer, la Chine déploie ses moyens pour raccourcir le temps de livraison.

 

La compétition, dans laquelle la Chine est engagée à la quête de marchés pour ces capitaux, offre un nouveau rééquilibre géostratégique. Ceci permet aux pays d’accueil d’avoir un gain lié à la flexibilité des contrats que fournit la Chine. Auparavant, les contrats étaient beaucoup plus inéquitables avec comme condition « matières premières contre infrastructures ». Aujourd’hui, la Chine équilibre davantage ces contrats et prend en considération les spécificités des pays dans une vision de coopération approfondie.

 

« La mondialisation s’est accélérée suite aux échanges commerciaux, cela dit, ceux-ci ne peuvent pas s’accroître indéfiniment. On est face aujourd’hui à un ralentissement de la croissance et du commerce, force est de se demander quels seront les prochains relais de la mondialisation. De nombreuses réflexions au sein du G20 ont abouti à la conclusion que l’investissement prend de plus en plus le relais du commerce. La Chine travaille aussi sur les normes et standards internationaux, afin de cadrer les investissements », affirme Joël Ruet.

 

Ainsi, la Chine essaye remodeler la mondialisation par l’investissements à travers : 1/ des projets physiques, et 2/ une prise de position dans le système international.

 

1/ En ce qui concerne les projets que la Chine est en train de développer, la route de la soie est le vecteur pour la mise en place de ces projets.

2/ Sa prise de position dans le système internationale, quant à elle, se manifeste à travers la volonté de la Chine d’accompagner les investissements par le biais de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) où 77 pays contribuent aujourd’hui. La Chine entend également remodeler le système financier : l’entrée de l’Yuan dans les droits de tirage spéciaux du FMI comme première étape.

 

La Chine arrive à avancer de façon cohérente avec une vision claire alliant développement de l’économie chinoise, internationalisation et remodelage du système financier international. De ce fait, l’Union Européenne est très attentive à cette politique de « route de la soie », puisque la Chine essaie constamment de négocier des relations bilatérales avec les membres de l’UE. Cette dernière essaie ainsi de centraliser le débat pour des négociations plus structurées.

 

L’Inde, quant à elle, a depuis quelques années une position mitigée par rapport aux investissements chinois puisqu’il y a un certain protectionnisme et une inquiétude portée sur les secteurs de télécommunications. L’inde observe les avancées chinoises, et essaye de se positionner dans l’Afrique. Le premier ministre a d’ailleurs relancé une ancienne tradition de dialogues Inde-Afrique. Cela dit, l’Inde a encore du mal à se positionner dans ce continent qui regarde les investissements chinois d’un œil beaucoup plus bienveillant que les observateurs occidentaux ne veulent se le représenter.